L'Attrape-Coeurs - J.D. Salinger - Robert Laffont

Attention : chef d’oeuvre en approche. Ce roman, je m’y suis plongée un peu (beaucoup) par hasard.

Je souhaitais valider l’item éphémère Amortentia dans le cadre du challenge de lecture La Coupe des Quatre Maisons (vive Poufsouffle) et il me fallait donc lire un roman dont le titre contenait le mot « cœur ».

Et dans ces cas-là, j’essaie d’améliorer ma lecture des classiques. Salinger est donc venu comme une évidence. Encore une fois, c’est un classique dont je ne connaissais rien et c’est toujours un plaisir d’y aller à l’aveuglette. Rien de mieux pour se plonger à cœur perdu dans une écriture.

Parlons donc ensemble de l’Attrape-Coeurs, de J.D. Salinger, ou The Catcher in the Rye paru en 1951 aux Etats-Unis.

Il y a évidemment beaucoup à en dire, je n’ai absolument pas la prétention d’analyser ce texte (les années d’études sont loin et c’est une bonne chose), mais simplement de faire ressortir deux ou trois aspects qui m’ont particulièrement marquée.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J. D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef d’oeuvre, « l’Attrape-cœurs« , roman de l’adolescence le plus lu du monde entier, est l’histoire d’une fugue, celle d’un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n’ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents.

Trois jours de vagabondage et d’aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d’incertitude et d’anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L’histoire éternelle d’un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu. « Par la densité et l’originalité de sa substance psychologique, par la prodigieuse sûreté de sa facture, sa virtuosité, cet ouvrage m’avait donné l’impression de quelque chose d’exceptionnel – et aussi de durable, d’incorruptible. » Jean-Louis Curtis

Première claque : le style Salinger – oral, cru et instinctif

Sans doute une des raisons pour lesquelles ce roman a défrayé la chronique lors de sa sortie… Cette écriture orale, « vulgaire », franche du collier et particulièrement vivante est déroutante dans les premières lignes mais captivante après seulement 5 minutes de lecture.

« Les femmes, ça me tue. Sincèrement. Je ne veux pas dire que je suis un obsédé sexuel – oh non, quoique ça m’intéresse, le sexe. Mais les femmes, je les aime bien, voilà tout. Elles laissent toujours leurs foutus sacs en plein milieu du couloir.« 

J’ai eu l’impression de recueillir un témoignage, qu’un petit bout d’homme se trouvait devant moi, une bière à la main, un anti-dépresseur de l’autre, à me raconter sa vie, comme certains potes ont pu le faire en fin de soirée. Impossible de m’arrêter, impossible de faire des pauses, c’est malpoli dans un dialogue non ?

Et cette écriture si instinctive, si proche du quotidien, cette représentation du lâcher-prise dans le langage est en opposition totale justement au personnage principal. Je m’explique.

Deuxième claque : un personnage principal sensible en révolte…

Ce personnage principal, ce gamin qui ne connaît pas encore le lâcher-prise sur la vie, s’insurge à la moindre opportunité. Enfin, dans sa tête. Parce qu’au fond, c’est un brave garçon. Un jeune homme adorable et poli, soucieux du bien-être des autres, excédé par l’injustice des comportements de groupe. C’est un gamin excédé.

« C’était un de ces gars qui se figurent qu’on va les prendre pour une tapette s’il vous facturent pas les os en quarante morceaux quand ils vous serrent la pince. Bon Dieu, je déteste cette faune« .

« A ma droite, y’avait un mec typiquement « Yale » en costume de flanelle grise avec un gilet à carreaux genre pédé. Ces salauds des facs snobinardes ils se ressemblent tous. Mon père voudrait que j’aille à Yale, ou peut-être Princeton, mais bon Dieu je mettrai jamais les pieds dans une de ces universités pour poseurs de première, plutôt crever.« 

Un jeune homme très sensible qui se réfugie derrière une gouaille extrême pour masquer le sur-plein de sentiments qu’il ressent. Dans son monde de faux-semblants, ce qui est insignifiant devient intolérable, tandis que ce qui est important à ses yeux est dénigré. Ce mécanisme automatique m’a tellement parlé ! Cette révolte communicative, face à ce que nous, adultes, avons l’habitude d’ignorer pour avoir le cœur plus léger et la vie plus simple…

Troisième claque : mise en abîme du lecteur

Par le procédé narratif constant de l’adresse au lecteur, puisque ce roman est construit comme un discours à un « vous » non identifié, les propos du personnage principal sont saisis à vif par un dialogue lecteur/narrateur. Et même si aucune réponse n’est possible, elle est tout de même bien présente dans notre esprit.

J’ai réfléchi, j’ai été d’accord, en désaccord, en détresse… Pendant trois jours après avoir fait la lecture de ce roman, j’ai été incapable de lire quoi que ce soit… Avant d’enfin en discuter avec mon compagnon, qui lui s’est tu en acceptant simplement que « j’avais besoin que ça sorte » !

Franchement, ce livre, ça me tue. J’ai été tellement envoûtée et attirée par les réflexions d’Holden, j’étais tellement en adéquation avec sa révolte et ses réflexions… Ce travail de projection de soi dans ce roman est la preuve d’une vérité universelle incroyablement bien mise en scène : devenir adulte, c’est aussi accepter de se taire, aussi bien dans le discours que dans la révolte.

En bref : un roman à lire et surtout à relire

J’ai longtemps hésité avant d’avouer ma comparaison, mais ce garçon qui dit non… oui, c’est vraiment l’Antigone moderne. Un chef d’oeuvre !

Je ne sais pas quand je relirai ce roman, mais ce qui est certain, c’est que je le ferai. Je suis tombée dedans, c’est foutu. Je ne peux que vous recommander de le lire, car c’est un roman puissant, complètement fou. A lire de toute urgence.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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