Éclat(s) d'Âme (T01) - Yuhki Kamatani - Akata

Alors oui, j’aime les mangas. Mais un coup de cœur comme celui que je viens de vivre, cela faisait un petit moment que je ne l’avais pas vécu. Mais ce manga… ce manga ! Quelle belle rencontre ! On en discute ensemble ? (TW = homophobie ; pensées noires)

 bandeau de promotion du manga Éclats d'âme de Yuhki Kamatani chez Akata

La joie de la visibilité

Je voudrais commencer par un peu de joie. Cette joie est liée au fait que ce manga, si je l’ai lu, c’est un hasard complet. Il était sur table lors de ma dernière visite en librairie GSS (grande surface spécialisée). Je suis heureuse de constater que, même si la France a encore des dizaines d’années de retard par rapport au marché japonais, des mangas engagés aux thématiques LGBTQIA+ sont désormais de plus en plus accessibles au grand public, permettant comme ce le fut pour mon cas, une rencontre hasardeuse. L’enfant des années 1990 que je suis vous dira sans doute « de mon temps, fallait sacrément s’y connaître pour lire ce genre de titres, c’est dommage, j’aurais tant aimé y avoir accès ».

Je suis donc en joie de constater la visibilité croissante accordée à juste titre à ces œuvres. Un tel constat fait beaucoup de bien et réchauffe le cœur.

Petit détour par la maison d’édition Akata

Après l’excellent Mari de mon frère, de Tagame Gengoroh, la maison d’édition Akata continue son fabuleux travail de déconstruction des frontières du genre et de la sexualité en France en nous proposant Éclat(s) d’Âme. Je vous invite fortement à vous pencher sur leur catalogue, dans lequel vous trouverez, entre quelques publications dites « classiques », des titres engagés et sensibles.

Mais aujourd’hui, ce qui nous intéresse, c’est bien le tome 1 de  Éclat(s) d’Âme de Yuhki Kamatani, publié en février 2018 aux éditions Akata.

Ce qu’en dit la maison d’édition

Deux jours avant les vacances d'été, je crois que... je suis mort ». C'est ce qu'a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu'il était en train de regarder un vidéo porno gay dessus. La rumeur s'est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n'avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu'il s'apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et... saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s'élance vers l'endroit d'où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu'elle est l’hôte d'une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s'accepter, et trouver sa place dans le monde.

Chacun.e sa voie et ensemble s’épanouir

Ce premier tome agit comme le premier pas de Tasuku vers l’acceptation de lui-même. Le traumatisme de son coming-out forcé, qui le confronte aux discriminations, en devenant soudain un personnage en marge, il

Dès le premier tome, grâce aux témoignages de Daishi, une jeune femme lesbienne en couple très à l’aise avec son identité, mais aussi celui de sa compagne, aux positions radicalement opposées, l’auteurice détruit l’idée d’un chemin unique et d’une formule magique au bien-être et à l’épanouissement de soi.

Si certains personnages peuvent en inspirer d’autres, chacun.e d’entre elleux témoigne d’un parcours unique et de décisions qui lui sont propres. Leurs souffrances sont communes, la discrimination qu’iels subissent est générale, mais la manière dont iels choisissent d’y répondre est individuelle. Ni règle, ni généralité : à chacun.e de se trouver.

Internet, moteur de liens

Une des solutions apparentes apportées par le manga à ses lecteurices, c’est Internet. Chaque lecteurice comprendra facilement que les personnages ont choisi de ne plus être isolé.e.s dans leur quotidien et ont trouvé, grâce à des applications, des forums, des associations, un refuge numérique et une société bienveillante au sein de laquelle créer des liens sincères est possible.

Il n’est pas encore clairement question de militantisme, et je ne sais pas si cela sera une des pistes exploitées par les prochains tomes, mais déjà, on ressent de manière limpide le message positive et vecteur d’espoir véhiculé par le tome 1.

Eclat D Ame Pd
Eclat D Ame Enfer
119202261

Et le support illustré dans tout ça ?

Oui parce que je blablate sur le contenu, mais peut-on s’arrêter quelques secondes sur la beauté du contenant ?

Les illustrations de Yuhki Kamatani sont d’une sensibilité à couper le souffle et sont actrices de tant de poésie et de moments de contemplation puissants. La mise en scène de certaines planches m’a totalement bluffée, notamment ces éclats de page, ces fragments de songe et de sentiments qui surgissent soit des personnages soit du paysage. Mon cœur, lui, a été séduit par l’expressivité juste et touchante des personnages, les jeux de lumière significatifs, les jeux de construction sur les espaces clos, mais aussi les « effets de camera » modernes et innovants (comme la plongée, le fish-eye, le panoramique…).

Ajoutez à cela des paysages fabuleux et une ambiance mer-montagne-ville paisible et envoutante, et vous avez entre les mains un manga véritablement sublime.

L’auteurice joue énormément sur la suggestion et le vide, iel laisse une grande place à l’intellect de son lectorat et cela donne un manga raffiné et épuré, jamais cliché ni pathétique à outrance, emprunt de pudeur et de sensibilité.

P.A.R.F.A.I.T !

1515670043516 Image
A964a52 22154 1s70etk.i495f
Ac4912d 6836 Le1355.vp1w

A lire absolument.

Vous l’avez compris, je vous encourage grandement à lire le premier tome extrêmement prometteur de cette nouvelle série Éclat(s) d’Âme, qui a su touché mon cœur aussi bien par sa justesse et son engagement que par ses propositions artistiques délicieuses.

----------

Pour ne pas être seul.e.s

Et je termine en vous proposant quelques sources, si à la lecture de cette chronique vous avez ressentie un besoin ou une envie :

Be-tolerant est à la fois un site de rencontres et un espace de discussion à cœur ouvert.

- le Mag Jeunes LGBT : cette association dispose de plusieurs antennes en France et met à la disposition de ses lecteurices une Magazette en ligne et totalement gratuite. A lire pour le plaisir ou le besoin d’informations.

Si vous souhaitez vous faire plaisir côté Art et Culture, n’hésitez pas à vous rendre au Festival des Cultures LGBT, qui propose de nombreu.ses.x interactions et événements.

Je vous recommande aussi, d’un point de vue totalement personnel, les contenus web et multimédias proposés par Mademoiselle Cordélia sur ses différents supports, tous centralisés sur son site internet ici.

Par ailleurs, si vous avez besoin d’aide, si vous êtes victime d’homophobie ou de transphobie, si vous vous sentez mal, n’hésitez pas à contacter la ligne d’urgence de l’association Le Refuge juste ici. Vous n’avez pas à rester seul.e.

Copyright © PikoBooks 2017