Halte en prose

La Destinée, la Mort et moi, comment j’ai conjuré le sort – SG Browne – Agullo Editions

Un truc à savoir sur ce roman, c’est que je l’ai adoré.
Voilà, comme ça, c’est dit dès le début.

destineemortJe suis très heureuse d’avoir lu ce roman, car il est publié par une toute jeune maison d’édition, (Agullo Editions) qui souffle sa première bougie cette semaine, avec déjà 8 publications au compteur. Une maison d’édition bordelaise, en plus, ça ne gâche rien !

Faut dire qu’il m’avait été extrêmement bien vendu par mon collègue, qui, non seulement me l’a chaudement recommandé, mais en plus a eu la gentillesse de me prêter son exemplaire ! Merci encore à toi si tu passes par là.

Allez, trêve de blabla, parlons ensemble de La Destinée, la Mort et moi, comment j’ai conjuré le sort, de SG Browne, paru aux éditions Agullo en  août 2016 et traduit par Morgane Saysana.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Règle n° 1 : Ne jamais s’impliquer. Au cours des derniers millénaires, Sergio en est venu à détester son travail. Incarnant le Sort, il est en charge de l’attribution des heurs et malheurs qui frappent la plupart du genre humain, les 83% qui font toujours tout foirer. Écœuré par l’interminable défilé de toxicomanes et de politiciens carriéristes qui lui incombent, il doit en plus subir l’insupportable bonne humeur de Destinée, responsable des Grands Hommes qu’elle guide avec une satisfaction béate vers la consécration d’un Prix Nobel ou d’un titre de Meilleur Joueur au Super Bowl. Pour aggraver les choses, il est brouillé avec la Mort à cause d’une querelle vieille de cinq cents ans, et ses meilleurs amis sont la Paresse et la Gourmandise.

Et le pire de tout ? Il vient de tomber amoureux de sa voisine, Sara Griffen, une jeune mortelle dont le sort dépend de Destinée… Entamer une relation avec elle viole la Règle n° 1, et au moins une dizaine d’autres, déclenchant d’énormes répercussions cosmiques qui pourraient bien le priver de son immortalité – ou le conduire à un destin pire que la mort..« 

Première claque : la folie de l’Allégorie

Alors là… franchement, j’étais dedans dès les deux premières pages. Les allégories mises en place par SG Brown sont si crédibles, si bien ficelées qu’on s’y croirait presque. Quel bonheur jouissif d’assister à une dispute en direct du Sort et de la Destinée, de contempler la crise existentielle du Karma ou bien d’avoir un peu de pitié pour le travail peu ragoutant de la Mort (ou Mortimer, pour les intimes).

Ces personnages atypiques (et très nombreux) sont maniés avec dextérité et aisance (ça semble tellement facile, c’est dingue), si bien que la question de la crédibilité ne se pose jamais. Le pacte de lecture engagé dès la quatrième de couverture est respecté de façon magistrale et franchement, j’en suis encore sous le choc tant j’ai adhéré immédiatement à ce que l’auteur proposait.

Deuxième claque : l’humour tordant et dévastateur

C’est ce qui fait si bien fonctionner les dizaines d’allégories mises en place dans ce roman : l’humour. Dès les premières lignes, encore une fois depuis le tout début, on se bidonne, on sourit et oui, on rit.

Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps de rire chaudement à voix haute en lisant un roman. Ma dernière poilade à haute voix remonte au Chameau Sauvage, de Philippe Jaenada, en 2006 (oui, c’est un peu triste, ma vie – ou alors je suis difficile en terme d’humour).

Un truc à savoir sur ce livre, c’est qu’il est super bien écrit. J’ai du prendre quatre photos dans les dix premières pages (quand on me prête un livre, figurez-vous que je n’écris pas dedans, je sais me tenir tout de même) avant de capituler et de noter dans mon carnet « écriture = bombe ». Voici deux exemples de bonne tranche de poilade :

« De temps en temps, il arrive que l’un d’entre nous cafouille, directement ou indirectement, et que ses râtés aient des répercussions plus ou moins catastrophiques. Voilà pourquoi certaines entités se voient dépossédées de leurs pouvoirs. Ce qui est super gênant. Y’a qu’à voir ce qu’endure la Paix.« 

[…]

« – Tu sais, dit Jerry [Dieu], depuis son immense bureau en chêne massif, j’ai rayé des civilisations de la carte pour moi que ça.
– Je parlais à Hostilité, j’explique en refermant la porte derrière moi.
– Il est toujours là ? s’étonne Jerry. Je l’ai pourtant sommé d’aller trouver quelque peuplade indigente et opprimée à échauffer.
– Et bien, là, il échauffe le peuple en salle d’attente.
– Tant qu’il se tient à bonne distance du Moyen-Orient…« 

Bref, vous avez compris.

Troisième claque : une sacrée satire de la société

Tout le monde en prend plus ou moins pour son grade, dans ce roman, et ce n’est pas pour me déplaire. Mais, si une vision pessimiste du monde a toujours tendance à me rebiffer et me chiffonner, dans ce roman, il n’en est rien. Difficile d’expliquer pourquoi, mais je me suis sentie apaisée en riant face à ce tableau très cru de la société moderne sur-consommatrice. Peut-être parce que je ne m’en remets pas au Sort ?

Je vous laisse lire la chronique d’Antoine, beaucoup plus à l’aise sur ce sujet que moi.

Seul bémol : un rapport homme/femme (ou mâle/femelle) un peu gênant

Bon, mais ça, vous vous en doutez, c’est parce que j’aime chipoter. C’est surtout pour ce point que ce roman ne sera pas un coup de cœur (même si c’est un livre qui m’a marquée et qui restera longtemps dans ma liste de prescription incontournable).

Si j’ai beaucoup apprécié le ton cinglant et sans équivoque de l’ouvrage, j’ai beaucoup moins apprécié les rapports d’égalité/comparaison entre les différents sexes des protagonistes. J’ai trouvé l’opposition constante de Sarah et de Destinée tellement manichéenne et grossière que j’avoue avoir tiqué constamment sur les descriptions de l’une ou de l’autre… Avec ce duo salope vs. madone, on passe de l’allégorie à la caricature en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « cliché réducteur ». De même, la configuration d’homme idéalisé par Sergio est assez réductrice. J’aurai adoré le Sort avec une bedaine, ou des tâches de rousseur, plutôt qu’une enveloppe charnelle parfaite exemptée de poils et de graisse. C’est dommage, mais c’est encore une fois parce que je n’arrive jamais à désactiver mon « filtre représentation des sexes » quand je lis.

Un truc à savoir sur ce roman, c’est qu’il faut le lire.

Oui, vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement ce roman, qui a su me faire rire, réfléchir et me toucher. Une lecture vraiment géniale !


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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2 réflexions au sujet de « La Destinée, la Mort et moi, comment j’ai conjuré le sort – SG Browne – Agullo Editions »

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