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Vango (T01) Entre ciel et terre – Timothée de Fombelle – Folio

vango2btimoth25c325a9e2bde2bfombelle2bfolio2bgallimard2bla2bvoix2bdu2blivreÉblouie par Tobie Lolness la semaine dernière, c’est avec grand plaisir que je me suis plongée dans la lecture du tome 1 des aventures de Vango, toujours de Timothée de Fombelle.

Je remercie chaleureusement la plateforme Livraddict ainsi que les éditions Folio pour ce partenariat et cette très belle lecture jeunesse. Nous quittons la fantasy pour nous plonger dans un roman historique d’aventures, épique et mystérieux, mais toujours aussi intelligent et splendide !

Parlons ensemble de Vango, tome 1, Entre ciel et terre, initialement publié en grand format chez Gallimard Jeunesse en mars 2010, puis en format poche chez Folio en octobre 2016 ; écrit par Timothée de Fombelle.

Ce qu’en dit l’éditeur

Paris, 1934. Devant Notre-Dame, une poursuite s’engage au milieu de la foule. Le jeune Vango doit fuir. Fuir la police qui l’accuse, fuir les forces mystérieuses qui le traquent. Vango ne sait pas qui il est. Son passé cache de lourds secrets. Des îles silencieuses aux brouillards de l’Écosse, tandis qu’enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité.

«J’ai mis dans ce roman tout ce qui compte pour moi : le souffle de l’aventure, la fragilité, la cruauté, la beauté des existences. Je voulais une saga qui emporte le lecteur, mais qui laisse chez lui des traces» (Timothée de Fombelle).

Une multitude de personnages : une construction puzzle

Si Vango, ce jeune homme aux origines mystérieuses et à la curiosité débordante est effectivement le personnage principal de cette histoire, ce qui m’a beaucoup plus dans ce tome 1, c’est le panel très riche de personnages bien construits et tout aussi bien travaillés que le personnage éponyme. Ethel, La Taupe, Padre, Mademoiselle… sont des personnages qu’on a plaisir à retrouver au fil des pages.

Tous ces personnages vont, de près ou de loin, avoir affaire à Vango, et c’est par leurs yeux que nous allons en apprendre de plus en plus. Au fil de leurs aventures respectives, l’intrigue principale se précise, les indices se révèlent et notre malicieuse intelligence fait le reste. J’ai pour ma part quelques hypothèses qu’il faudra que je confirme ou que j’infirme avec la lecture des tomes suivants.

Une construction narrative complexe

Et c’est là que l’on retrouve le talent de Timothée de Fombelle pour la narration : flashback, chapitres simultanés, changement de point de vue, avec toujours le même narrateur omniscient. Quel régal pour les yeux mais aussi pour la cervelle. Cela fait beaucoup de bien d’être un lecteur actif, pris à part par l’auteur, qui construit son récit en anticipant les questions du lecteur et en faisant confiance en sa culture.

Quel délice de voir apparaître, au détour d’une petite phrase anodine, lors d’un spectacle d’opéra, un certain Prokofiev.
« Il s’appelait Sergueï Prokofiev. Cet été de 1935, il travaillait sur une musique de ballet inspirée de Roméo et Juliette. Il avait entendu parler de cette mise en scène de la pièce à Paris. On l’avait autorisé à venir la voir. »

Un contexte historique distillé avec beaucoup d’intelligence

Oui, il s’agit en effet d’un ouvrage jeunesse prenant place avant la Seconde Guerre Mondiale (en analysant clairement la montée du nazisme et du communisme stalinien). A ce compte, et avec la grande intelligence de Timothée de Fombelle, l’ouvrage est parsemé d’analyses et de clefs de lecture de l’Histoire. C’est très malin, très discret et léger, suffisamment pour interpeler sans choquer.

Deux exemples me tiennent particulièrement à cœur :

Exemple 1 – l’étoile et l’oiseau

Le narrateur nous place chez une famille russe, dans les yeux d’une toute jeune fille qui écoute aux portes les conversations des grands. Elle entend que l’on pourchasse un Oiseau (Vango). Le chapitre se conclue sur cette très belle phrase :

« Elle regardait une étoile au-dessus du toit du jardin d’hiver. Elle pensait à l’Oiseau qui parcourait un autre ciel, et pouvait à tout moment être touché en plein vol. »
Peut-être que j’extrapole, mais retrouver dans le même paragraphe « étoile » (étoile rouge au dessus de la faucille et du marteau) et « l’Oiseau » (figure courante de la liberté, enfin si je vous dis Le roi et l’Oiseau, on se comprend non ?) : WOUAW.

Exemple 2 : la manie du numérotage

Ici, nous faisons face à un policier de la Gestapo (en 1935), qui doit débusquer un clandestin embarqué sur le Grand Zeppelin :

« En quelques heures, il identifia les visages des cinquante-six personnes embarquées. Il les numérota pour ne pas s’encombrer des noms. Le 1 était Eckener et le 56, Lady Drumond Hay. Cette manie du numérotage, Max Gründ la conserverait pendant les dix années qui allaient le conduire vers les sommets du pouvoir et les bas-fonds de l’horreur.
En se débarrassant des noms, tout devient plus simple. On ne fait pas de sentiments.« 

Ai-je besoin de préciser à quel point ce passage est intelligent ? Rappelons que nous nous adressons à des jeunes lecteurs. Ces deux petits paragraphes, dans leur contexte historique, possède une force d’implication incroyable.

Et cette écriture ? On en parle ?

Pour finir, j’ai ri. Oui, j’ai ri. Certains passages de narration (les quiproquo, les retournements de situation…) étaient si bien servis par la plume de l’auteur que la bonne humeur s’échappait automatiquement.

Voici quelques passages pour vous faire comprendre à quel point cette écriture peut être douce, poétique et malicieuse.

« Égaré dans un costume trop grand pour lui, l’homme qui venait d’entrer était le Kreisleiter, le chef nazi de la régio de Friedrichshafen. Deux feuilles de chêne brodées sur son col rappelaient utilement ce grade à ceux qui auraient pu croire qu’ils avaient devant eux un adolescent à boutons, habillé par sa mère pour une visite chez la vieille tante.« 

« L’événement le plus extravagant était que l’anse unique de la tasse était tournée vers la droite. On a le droit de juger que c’est un détail, mais c’était pour Mademoiselle un tremblement de terre. Elle était gauchère, elle ne prenait jamais une tasse à pleine main, il était donc impossible que cette tasse soit dans cette position sans l’intervention d’un étranger… Un étranger droitier ou, dans le pire des cas, un étranger gaucher assez mal élevé pour saisir une tasse de café autrement que par l’anse.« 

En bref : un roman d’aventures complexe, réfléchi et poétique

product_9782070631247_244x0Une lecture superbe que je recommande aux jeunes et aux adultes, pour la beauté de l’écriture, l’intelligence d’une construction en diptyque (cela évite les longueurs d’un tome intermédiaire) et la douceur des personnages.

Et pour le plaisir, voici la couverture originale, que je préfère largement à celle, beaucoup plus adulte et froide, de la nouvelle version Folio.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire.
Pikobooks.


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4 réflexions au sujet de « Vango (T01) Entre ciel et terre – Timothée de Fombelle – Folio »

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