Halte en prose·Rentrée littéraire 2016

Le syndrome de la vitre étoilée – Sophie Andriansen – éditions du Fleuve

9782265115682Ce livre m’a touchée, a fait échos à beaucoup d’angoisses, beaucoup d’impatiences et de désirs. Voici une très belle ode à la respiration. Un livre magnifique à lire d’une traite.

J’ai tenté de structurer le maximum ce qui me vient à propos de ce roman, mais je ne dirai pas tout, c’est certain, car sinon, il me faudrait un livre entier.

Parlons ensemble du Syndrome de la vitre étoilée, écrit par Sophie Adriansen, publié aux éditions du Fleuve le 25 août 2016 (352 pages – 9782265115682).

  • Ce qu’en dit l’éditeur

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.

Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?

Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.

Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre. »

  • Premier mouvement -> La cristallisation d’une douleur – d’un parcours du combattant

Le premier mouvement de ce roman est construit autour des nombreuses démarches médicales « subies » par Stéphanie pour répondre au désir d’enfant de son couple. Comment la vie de couple est structurée face à ces obligations médicales, comment le désir charnel disparaît peu à peu face au désir parental… Comment le corps médical s’introduit violemment dans le corps maternel. Quelques passages feront échos, je pense, à toutes les femmes. En tout cas, c’est mon cas. Ces médecins sans tact, condescendants, royaux… Qu’en ai-je rencontrés !

« Guillaume me passe la main sur le front, puis me caresse les cheveux.
– Arrête.
Je ne veux plus qu’il me touche.
Introduction d’un spéculum, nettoyage, cathéter, injection. Je sens à peine les deux dernières étapes, celles que pourtant je redoutais. Je ravale mes larmes, Guillaume dépose un rapide baiser sur mes lèvres.
– Eh bien voilà, vous voyez qu’il n’y avait aucune raison de paniquer comme ça.
A quel âge le corps médical cessera-t-il de me parler comme à une enfant que l’on vouvoie ?
Pour maximiser les chances, je demeure quelques minutes dans l’avilissante position tandis que Guillaume règle l’acte, bien plus coûteux qu’une consultation classique.
Stresser n’est pas donné à tout le monde.« 

  • Une construction en kaléidoscope

C’est ce qui fait tout le charme de ce roman : son architecture. Stéphanie se dévoile au fur et à mesure des souvenirs, des pensées, des dialogues avec ses proches : tous structurés en chapitres très courts. Comme des éclairs de couleurs sur ces pages blanches et infécondes. Des assertions trouvées dans des livres, des paroles maladroites et très blessantes d’un entourage bien naïfs, des souvenirs tendres et romantiques, des compte-rendus quotidiens… Autant de moments volés qui confèrent à ce roman un aspect journal intime très intimiste.

  • Second mouvement -> La résilience et le désir de soi

Voilà, voilà. Le cœur du roman est là, et qu’est-ce que c’est beau !

Cette femme qui, un temps, se « bat pour » avoir un enfant, va ensuite et finalement se battre pour elle. Pour comprendre son corps, l’accepter, le toucher, le désirer, le façonner, le respecter : le comprendre comme le sien, à elle. En le donnant aux autres, en le regardant, en lui rendant hommage, en le sculptant de son souffle, en méditant avec elle.

« Mon ventre

Le ventre est-il particulièrement insipide parce qu’il est situé entre les deux représentations les plus évidentes de la féminité ? Parce qu’il est un moyen plutôt qu’une fin ?
Mais mon ventre, une fois par mois, gémit, hurle et me fait me tordre, me rappelant que tout vient, que tout viendra de là.« 

J’ai ressenti de très belles émotions dans le second mouvement de ce roman. Du soulagement, des grandes respirations, des moments de grâce aussi, où je plongeai tête baissée dans ce personnage. Comme je la comprends ! Et ce mouvement, étonnamment, commence dès les premières pages, il s’entremêle aux défaites, aux obstacles et aux différentes conquêtes de Stéphanie.

Et il commence pour moi dès la belle référence au chef d’oeuvre de Klapish (l’Auberge espagnole) :

« Ma chambre est faite de toutes ces parts de moi, moi faites d’autres, je suis lui, lui, et lui aussi, je suis elle, elle, et elle, je suis pas un mais plusieurs, je suis tout ça, je suis un vrai bordel« .

  • En bref, un roman incontournable sur la recherche de soi et la patience de l’existence

Comme c’est dur de placer des mots justes sur les émotions que j’ai ressenties en lisant ce roman. Comme un petit goût de « ce livre, c’est moi ». Cette femme qui dialogue avec elle-même, qui s’accepte, qui mue, qui respire : c’est moi.

Aurais-je été homme que j’en aurais pensé autant.

Je ne peux que trop vous conseiller la lecture de ce roman sensible, touchant, intelligent, à la très belle construction… Une littérature qui s’est immédiatement infiltrée en moi.

Et si cette chronique prend plutôt la forme des sensations de lecture plutôt que de l’analyse « formelle », c’est par élan du cœur, tant ce roman m’a plu. Alors, qu’attendez-vous ?


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.


 

Blog Vio' 2 [174304]

 

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