Halte en prose·Rentrée littéraire 2016

Avant que naisse la forêt – Jérôme Chantreau – Les Escales

Encore une lecture de cette rentrée littéraire 2016. Et par n’importe laquelle… Un souffle ! Une promenade enivrante… Une énigme. Une merveille.

Parlons ensemble de Avant que naisse la forêt, de Jérôme Chantreau, publié aux éditions Les Escales, à paraître le 25 août 2016 dans le cadre de la rentrée littéraire.

Avant que naisse la forêt fait partie des Talents à découvrir de la rentrée littéraire 2016.

foret

  • Ce qu’en dit l’éditeur

« Marié à une jolie rousse, père d’une petite fille, Albert vit paisiblement au bout du RER parisien. Un jour qu’il traîne au lit avec sa femme, il laisse le téléphone sonner. Le répondeur se déclenche : sa mère est morte.

Albert décide de faire le point et s’enferme seul avec l’urne maternelle dans la propriété familiale de Mayenne, une grande maison cerclée de plusieurs hectares de bois. Une idée l’obsède : trouver une chanson pour la cérémonie funèbre – une chanson qui dira à tous, et mieux que n’importe quel discours, qui était cette femme sensible et indépendante.

Mais une nuit, il est réveillé par des bruits étranges. Dans l’aile ancienne du bâtiment, les murs chantent… Les échos font revenir le passé. Et puis, il y a cette légende familiale qui dit qu’un ermite erre dans la forêt. Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des secrets d’une mère que seul un fils pouvait entendre.« 

  • Aujourd’hui, maman est morte.

Pardonnez-moi cette référence incontournable, mais oui. Voilà bien à quoi l’on pense dès les premières pages du roman.

Coïncidence « rigolote », la première phrase du roman « C’est arrivé un 15 août » sonne comme un écho formidable, pour moi qui ait entamé cette lecture ce lundi 15 août. (c’était l’anecdote inutile, merci).

Et voici donc le travail de deuil hors du commun d’un homme, replié dans le ventre immobile de sa défunte mère : sa maison familiale, perdue au cœur d’une immense forêt domaniale. Et le schéma classique du deuil va être distillé à travers de nombreuses rêveries solitaires, de longues pauses contemplatives, certaines douces et d’autres, plus nombreuses, angoissantes.

Cet homme seul, qui s’enferme en lui-même, va se détacher petit à petit des choses de ce monde, de sa famille d’abord, puis de la civilisation, pour se rapprocher, toujours, de la nature : de la forêt.

  • Un roman tout en finesse, un délicieux crescendo

L’écriture de ce roman est douce, coulante, chantante. Les métaphores fusent, les bons mots aussi. C’est un régal malicieux que de lire ce roman.

Quelques phrases choc, de l’ordre de l’assertion philosophique – conclusions évasives d’une rêverie forestière, parent l’immobilité narrative.

Oui, c’est l’histoire d’un homme qui ne fait rien, en attendant qu’il se passe ce qu’il n’attend pas. De quoi ? Ou plutôt, c’est l’histoire d’un homme, puis d’une femme, puis d’une maison, puis d’une forêt.

Et ces quatre personnages vont se mêlés, pour ne faire qu’un tourbillon de folie, ou d’absurde, je ne saurai dire.

« J’ai taillé les rosiers. Sévèrement. En fait, je n’ai rien laissé parce que toutes les fleurs qui poussent autour de la maison me rappellent ma mère. Elle a mis dans mon âme les germes de la douceur. Le goût des roses, des chênes, de l’immobilité fertile de la campagne. Je n’ai rien dans mon éducation qui puisse me servir de contrepoint. Et me voilà hors du monde, dans la maison maternelle, presque dans son ventre, loin de tout ce qui était ma vie. Inaccessible. Prisonnier et heureux. Je vais rester ici jusqu’à ce que je trouve. Même si je ne sais plus ce que je cherche. Cela n’a pas d’importance. Savoir ce que l’on cherche n’a qu’une incidence très faible sur le fait de trouver quelque chose. » (p.125)

  • La musique comme fuite et comme poison

Les disques, les 45 tours, les cassettes enregistrées… Albert va tout écouter, à la recherche de la chanson parfaite pour les obsèques de sa mère. Et chaque mélodie apporte un souvenir. Et chaque souvenir est un pas supplémentaire dans la fuite de soi au monde.

Cette musique artificielle, faite de la main de l’homme et retranscrite dans des appareils modernes va se confondre avec la chanson des bois, la longue plainte empoisonnée de la forêt, les râles des arbres et les cris des oiseaux. Une chœur de sirènes, peut-être ?

  • Un livre qui emporte, qui titille… j’en redemande.

Voilà. En entrant dans ce roman, on marche en forêt, on s’y perd, on s’y noie. On s’y envole.

Ce livre m’a totalement envoûtée, j’ai été séduite, puis angoissée ; tantôt lasse, tantôt émerveillée de tant de poésie… puis fatiguée des longueurs volontaires, mais tellement happée…

Voilà, pour moi, ça va être difficile de trouver mieux, à cette rentrée. J’ai adoré, j’ai été poussée dans mes retranchements de lectrice, je suis clairement sortie de ma zone de confort… Lisez-le, j’ai hâte d’en discuter avec vous… car il y a de quoi parler !


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.


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