Halte en prose·Rentrée littéraire 2016

Alice ou le choix des armes – Stéphanie Chaillou – éditions Alma

Et voilà, j’attaque enfin les lectures de la rentrée littéraire. Ce livre là, je l’ai lu il y a bien longtemps, en mai il me semble. Mais voilà, la rentrée littéraire, ça commence, ça commence. Alors c’est parti pour nous aussi. Certains d’entre vous ont peut-être déjà vu cet article à l’époque, vous m’en excuserez, il est vraiment d’actualité.

Parlons ensemble de Alice ou le choix des armes, à paraître le 25 août 2016 dans le cadre de la rentrée littéraire, écrit par Stéphanie Chaillou et publié aux éditions Alma.

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Ma première lecture pour cette rentrée de 2016, je l’ai pris presque au hasard. J’ai surtout vu, dans l’étagère, le logo et la marque de fabrique des éditions Alma. J’ai tellement aimé la Fractale des raviolis et La Variante chilienne de Pierre Raufast que je me suis dit : « valeur sûre » !
Et je ne me suis pas tellement trompée.

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  • Ce qu’en dit l’éditeur

Dans une prose hypnotique, Alice ou le choix des armes inventorie les faits, les motifs et les conséquences de la violence au travail.

«Quand j’interroge Alice Delcourt, le premier jour, elle me dit qu’elle ne sait pas vraiment comment ça a commencé. Par quoi. Si c’est un agacement particulier qui s’est produit soudain et qui a tout déclenché. Ou autre chose.»

Un homme, Samuel Tison, est retrouvé mort sous un pont. Une jeune femme, Alice Delcourt est soupçonnée de l’avoir tué. Mais quelle est la nature du lien entre la jeune femme et son ancien chef de service ? Que s’est-il vraiment passé ? Au commissariat, chaque jour, l’inspecteur François Kerrelec entend Alice Delcourt, ce qu’elle a à dire, ce dont elle veut témoigner.

Née en 1969, Stéphanie Chaillou vit à Paris. Alice ou le choix des armes est son second roman.

  • Un sujet original, pu lu et évoqué

Alice est soupçonnée de meurtre. Son ancien patron et harceleur a été roué de coups. Elle est interrogée jour après jour. Ou plutôt, elle interroge le policier chargé de son audition. Car son récit, profond, détourné et vaporeux est d’une incroyable lenteur. Mais une lenteur forte, puissante, qui dissèque, qui analyse, qui constate.

Alors avec Alice, en se désintéressant finalement du pourquoi du comment du meurtre, on analyse, on fait le bilan sur l’engrenage qu’elle a subit. On s’exclame « ah ouais ! C’est dingue ! ». C’est une belle lecture, équilibrée, sans doute un peu âpre au premier abord, mais très fluide, comme de la prose poétique.

  • Un jeu de théâtre et de coulisses

J’ai été très intriguée par les fins de chapitres. Quand on entre comme ça dans le roman, sans connaître l’auteur, il n’y a aucun contrat de lecture, aucune attente… Alors les premières pages sont, volontairement ou involontairement, analysées avec plus d’attention. Ok, où veux-tu m’emmener, petit auteur malicieux ?

Et là, le premier chapitre d’Alice ou le choix des armes, est une énigme, une promesse de déroulement poétique et psychologique, théâtralisé. La scène : le bureau de l’inspecteur. Les acteurs : les pensées d’Alice, le directeur artistique : la psyché traumatisée d’Alice.

Et ces inserts ultra puissants, liés au théâtre burlesque, en fin de chapitre qui finissent de nous dire : « tu vas voir, on va disséquer la petite, on va comprendre, mais ça va te prendre du temps, t’inquiète ».

Deux exemples assez espacés pour comprendre tant bien que mal de quoi je vous parle.

« Dans le théâtre d’Alice, il y a des animaux, ils respirent. Il y a des herbes mouillées aussi, des escargots, la lenteur des escargots qui avancent. Il y a des mares noires, des mares profondes au fond desquelles gisent des jouets d’enfant, un landau avec des roues de fer. Il y a tout ça dans le théâtre d’Alice, mais elle ne le sait pas.« 

[…]

« Dans le théâtre d’Alice, il y a des cheveux qui hennissent. Des chevaux qui montrent leurs dents et se cabrent et jettent des coups contre le bois des boxes qui les enferment. Ils hennissent et tapent et se cabrent et frappent encore avec leurs sabots. Sans fin, les chevaux cabrent dans le théâtre d’Alice« .

  • Un livre qui exige, une lecture qui demande, un lecteur qui peut paniquer

Oui, ce roman, ce n’est pas une lecture que je conseillerai à tous. Mais à ceux qui aiment prendre leur temps, qui aiment que chaque mot soit à sa place (et dans ce cas précis, plutôt deux fois qu’une tant les répétitions sont nombreuses et centrales). C’est une lecture exigeante. Un exercice de style du début à la fin du roman.

Je mentirai si je disais que j’y ai pris du plaisir. Pas tellement d’ailleurs. Mais j’ai été intriguée, interrogée, remise à ma place. Et le sujet même du livre m’intéressait tellement que je me suis faite violence et suis allée jusqu’au bout de ma lecture. C’est au final un beau roman, mais à l’accessibilité limitée.

Mais remarquez ça, on le sait dès le premier chapitre. Contrat respecté !


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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3 réflexions au sujet de « Alice ou le choix des armes – Stéphanie Chaillou – éditions Alma »

  1. Coucou 🙂
    Le thème aurait pu me plaire sous la forme d’un livre policier, mais le fait que tu qualifies cette lecture d’austère et d’érudite, comparant l’ouvrage à un exercice de style, j’avoue que ça me rebute totalement. Je peux lire toutes sortes de romans mais j’aime les écritures fluides et non contraignantes. Pas pour moi, donc.
    Belle journée.
    Pomme d’épines.

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    1. C’est vrai que le terme « contraignante » est bien trouvé pour cette lecture. Il s’agit d’un bel ouvrage, vraiment, mais c’est vrai qu’il ne correspond pas nécessairement à tous. D’ailleurs, dans ma fiche de lecture pour le boulot, j’ai coché « lecteurs érudits ». 🙂 Mais c’est intéressant aussi de lire ce genre d’ouvrages, ça nourrit aussi l’esprit et aiguise un peu l’œil.

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      1. C’est vrai que c’est aussi bien parfois, de sortir de sa zone de confort comme tu le disais sur mon blog 😉
        Cela dit, la notion de plaisir de lecture est importante pour moi, et quand je dois plus ou moins me forcer à lire un style de roman qui ne me correspond pas même un petit peu, j’ai toujours l’impression de perdre mon temps.
        C’est pour ça que je te fais confiance quand tu écris que c’est un bel ouvrage, je pense juste qu’il n’est pas pour moi. Les goûts et les couleurs…
        Belle soirée!
        Pomme d’épines.

        J'aime

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