Interlude Jeunesse

14-14 – Silène Edgar et Paul Beorn – @Castelmore

1404-14-14_orgUne fois n’est pas coutume, je souhaite vous faire part d’un coup de cœur de petits lecteurs. Oui, une lecture pour les plus jeunes, à partir de 9 ans d’une finesse et d’une intelligence à toutes épreuves.

J’ai eu l’occasion de lire ce roman grâce à la GrosseOP numérique 2016. Ma liseuse était ravie. Cela fait beaucoup de bien de changer de support de lecture de temps en temps, surtout pour des livres de cette qualité.

Parlons ensemble de 14-14, un roman à quatre mains de Silène Edgar et Paul Beorn, publié en 2014 aux éditions Castelmore.

  • Ce qu’en dit l’éditeur

« À l’aube de la Grande Guerre…

Adrien et Hadrien ont treize ans et habitent tous les deux en Picardie. Ils ont les mêmes préoccupations : l’école, la famille, les filles…

Une seule chose les sépare : Adrien vit en 2014 et Hadrien en 1914. Grâce à une boîte aux lettres mystérieuse, les deux adolescents vont s’échanger du courrier et devenir amis.
Mais la Grande Guerre est sur le point d’éclater pour Hadrien et leur correspondance pourrait bien s’interrompre de façon dramatique…« 
  • Un support historique extrêmement bien exploité

Faisons du plus évident au plus délicat. L’écriture de l’avant guerre, c’est à dire le monde d’Hadrien, et l’écriture du début du XXIe siècle, accessible dans le monde d’Adrien, se mêlent avec brio. Ce roman constitue un élément pédagogique important et intelligent… Une merveilleuse façon de plonger les lecteurs dans la France d’antan via un point de vue contemporain.

L’alternance des chapitres d’un adrien à l’autre rend cette lecture tonique et rapide, parfait pour les petits lecteurs. Le changement inévitable de vocabulaire est parfait, et permet une écriture riche et érudite.

Et, oui, bien évidemment, la leçon d’Histoire est superbe.

L’exposé d’Adrien, vivant en 2014, inquiet pour son ami de 1914 :

« Il s’arrête un instant, les yeux dans le vide. Il contemple ses flèches, ses lignes et ses couleurs sur le tableau. Alors il hachure toute la zone autour du Chemin des Dames et poursuit : 
– Sur une bande de cinquante kilomètres de large, la terre n’est plus qu’un immense champ de trous d’obus. Des trous, des trous à perte de vue ! L’air et le sol sont saturés de gaz : un projectile sur quatre avait une charge chimique…
Ses mains tremblent. Quand il essaie de reposer son feutre noir dans la rainure du tableau, il le fait tomber par terre.
– Est-ce que… est-ce que vous pouvez vous imaginer tous ces réfugiés, ces survivants, qui sont revenus chez eux après la guerre ? Ils ne reconnaissaient rien, absolument rien de leurs villages et de leurs champs : pas deux pierres debout l’une sur l’autre, pas un chemin, pas même un arbre. C’est comme si on leur avait arraché une partie d’eux-mêmes…
Les larmes lui montent aux yeux et, d’un pas mal assuré, il retourne à sa place sous le regard stupéfait de toute la classe.« 

Cette immersion historique est également nourrie par de nombreux documents d’époque, reproduits ça et là entre les lignes. Ici une page de manuel scolaire, là une affiche de mobilisation… Comme une leçon cachée, un exposé discret. Bravo !

  • L’évolution du système éducatif expliqué aux plus jeunes

Voici un roman de jeunesse d’une grande intelligence ! Par la création de deux narrateurs et des insertions épistolaires, l’immersion des jeunes lecteurs dans un contexte d’avant guerre est immédiate et ultra puissante. La comparaison est inévitable et du coup, certains de nos soucis se trouvent largement atténués. Quand un enfant, qui plus est très doué, doit se battre pour continuer ses études partage ses états d’âme avec un autre adolescent qui lui subit le harcèlement parce qu’il est bon élève, on comprend le gouffre incroyable qui s’est créé entre 1914 et 2014…

« -Bonne année à tous, jeunes garçons ! Qu’elle soit propice à vos études et que nos trois candidats au certificat de fin d’étude fassent notre fierté !
Sans maître Julien, Hadrien n’aurait même jamais pensé à se présenter ; en général, au village, seuls un ou deux élèves par an le font encore… C’est toute une affaire, il faut préparer l’examen avec soin, pendant plusieurs mois. Il se déroule fin juin, devant des maîtres de tout le canton et de beaux cadeaux sont offerts aux lauréats : livres, dictionnaires et compte à la Caisse d’épargne. Cela permet de devenir facteur, gendarme ou cheminot. Ou même d’intégrer le petit lycée de Laon, grâce à une bourse, puis le lycée pour un jour entrer à l’Ecole des arts et métiers. C’est le rêve d’Hadrien : devenir ingénieur…« 

Une très bonne manière pour les petits collégiens d’aujourd’hui de comprendre encore une fois leur chance. Oui. C’est beau et très malin. Point.

  • Des personnages attachants construits avec une grande finesse

J’ai été très touché par le personnage d’Adrien, jeune collégien de 2014. Il est extrêmement gentil et avenant, courageux et poli… Un ado charmant !

« – Tu le fais sans même y réfléchir, c’est naturel chez toi.
– Quoi ?
Tom hausse les épaules.
– Je ne sais pas. Etre gentil. Faire attention aux autres. »

Et chacun des personnages présents dans ce livre est cohérent, sensible, intéressant. Les personnages féminins ne subissent aucun cliché, malgré les rigueurs du XXe siècle. Les parents, dans leurs faiblesses et leurs défauts, sont capables d’écoute et de compréhension, une bonne façon de faire comprendre aux jeunes lecteurs que le dialogue est salvateur en cas de conflits.

  • Un univers contemporain attentif aux tracas des plus jeunes

Et la plus grande des qualités de ce roman, c’est de ne pas tomber dans le cliché « avant, c’était plus dur pour eux, alors vous, fermez-là ! ». Non. Si aujourd’hui, l’école est un droit, elle n’en reste pas moins source de soucis. Les élèves subissent d’autres pressions que celles de leurs parents. Il y a les copains et les autres, ceux qui vous cherchent des noises, ceux qui vous rackettent, qui vous harcèlent.

Adrien s’en sort, grâce à ses amis, grâce à son courage et sa générosité. Adrien reprend les reines de son abattement, lorsqu’il perd son goût de l’école. Il se relève et fait face. Un très beau message d’espoir !

  • En bref, un roman complet et profond, intelligent et instructif

Je ne trouve pas grand chose à redire à cet ouvrage, à l’écriture riche et délicate, douce, vive, fluide… parfaite !

Une lecture merveilleuse à mettre immédiatement dans toutes les mains, surtout celles des plus jeunes !

Pas étonnant alors qu’il soit si populaire, si apprécié et qu’il ait remporté tant de prix.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

 

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4 réflexions au sujet de « 14-14 – Silène Edgar et Paul Beorn – @Castelmore »

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