Pause dessinée

Mauvaises Filles – Ancco -Editions Cornélius

Prêts pour une claque monumentale qui vous remettra les idées en place ? Prêts à relativiser et respirer un peu d’air frais ? Prêts pour sourire tous les matins ?

Sinon, vous pouvez lire Mauvaises Filles, ça vous donnera tout ça d’un coup.

Reçue en cadeau à mon anniversaire (merci encore Petits Chats ! <3), cette bande dessinée m’a donné 30 minutes de décalage horaire… Parlons ensemble de Mauvaises Filles, de Ancco, aux éditions Cornélius.

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  • Ancco

« Ancco est née le 26 octobre 1983, à Seongnam, dans la banlieue de Séoul, troisième fille d’une famille de quatre enfants. Dessine depuis son plus jeune âge. Se fait remarquer en 2003, à 20 ans, quand elle commence à publier son journal en BD sur internet. Un éditeur est rapidement intéressé et le sort en volume. A également publié des histoires courtes sur la vie des jeunes de banlieues de Seoul. Incontestablement l’une des plus prometteuses dessinatrice de la jeune génération, tant pour son comique anticonformiste que pour sa peinture de la jeunesse aux antipodes des séries télé à la mode en Corée comme ailleurs. »
Source BDthèque

Je vous invite également à lire l’interview que l’auteure a donnée à ActuaBD.

  • Ce qu’en dit l’éditeur

« Jin-joo est une mauvaise fille. Elle fume, découche, nargue ses professeurs et cause du souci à ses parents. Son père, un petit patron, n’a que ses poings pour exprimer sa peur de la voir mal tourner. Alors il la passe à tabac, régulièrement. La Corée subit la crise économique de la fin des années 1990 et la violence demeure la forme la plus simple et naturelle du contact humain. Au collège, les professeurs cognent les élèves et les anciennes rossent les nouvelles. Dans l’indifférence générale, on meurt sous les coups d’un père ou d’un petit copain. L’adolescente trouve un peu de chaleur humaine auprès de Jung-ae, la fille d’un petit voyou, encore plus paumée qu’elle. Une fugue avortée les mène jusqu’au quartier des bars à hôtesses. Le ton âpre et désespéré d’Ancco évoque le Céline de Mort à crédit. Vivre, c’est expier. Un instant de bonheur, d’insouciance, se paie comptant. Les hommes mènent des existences lourdes, tristes et solitaires, qui se révèlent vides de sens.

« Dès qu’on met le pied dehors , constate Jin-joo, c’est plein de choses incompréhensibles. »

Après Aujourd’hui n’existe pas, publié par Cornélius en 2009, Mauvaises filles confirme le talent unique d’Ancco. La construction multiplie les allers-retours entre le passé et le présent. Servie par un trait sec et précis, un noir et blanc désolé, elle rend inexorable et bouleversant ce voyage au bout de la nuit coréenne. »

  • Une lecture occidentale

Alors avec tout ce que vous venez de lire, vous comprendrez aisément pourquoi j’ai pris le temps de digérer cette bande dessinée. Et très honnêtement, à mi-parcours, je me suis dit « mais non, c’est exagéré tout de même, c’est une amplification pour faire passer un message ». Et donc je vous renvoie à l’interview de Ancco, dans laquelle elle explique qu’elle a volontairement atténué la violence présente dans sa bande dessinée, réalisée avec ses souvenirs. Ah. Ok. D’accord. Bon.

Sans paraître totalement naïve, tout de même, je suis profondément marquée par ce que j’ai lu, car cette bande dessinée construit une réalité commune à tous les adolescents. La discipline, la hiérarchie ultra-marquée, la violence à chaque faux pas et cela dès le collège… La démesure des coups face à la solitude des femmes. Ces femmes prises au piège dans une société où il faut « être sage », ne « causer aucun soucis », être « dans le rang »… Oublier le soi et s’intégrer aux autres…

  • Une culture de la violence comme enseignement moral

Vous l’aurez compris, notre personnage principale est assaillie de coups, qu’ils soient physiques ou psychologiques. Et ce qui peut être marquant, c’est qu’elle ne fait pas exception. Ses camarades subissent également cette violence et sa bande d’amies participent également à ce système du plus fort. Les jeunes arrivantes au collège doivent le respect à leurs aînées, et quoi de mieux qu’un passage à tabac pour leur faire comprendre ?

Les coups de la vie : le patriarche qui ne connaît que les poings, les voisins soucieux de la réputation du père, la mère soucieuse de la réputation de sa fille, les garçons ennuyé de la non-soumission de la femme-sexuée, les enseignants soucieux de la bonne marche de l’établissement, les camarades soucieux de faire respecter les règles…

  • Une construction choc et sombre

Cette bande dessinée est composée de 176 planches, toutes en monochrome de noir. Des coups de crayons aussi violents que leur signifié, nombreux, tant imprécis que tranchants. Et ces planches sont découpées à la hache, en gros tronçons, comme des zooms grossissant la violence qu’ils laissent voir.

De larges cases pour un lourd sujet. Et pourtant, certaines de ces larges planches laissent apparaître des moments d’insouciance, de bonheur, de rires… de sérénité. Des pauses, de vraies respirations dans une lecture étouffante et pesante.

Cette construction hachée agit comme un miroir de la construction de Jin-Joo. A l’aide de flashback, la jeune femme nous explique la jeune fille, et comment ces souvenirs si forts, si bruts, si marquants, ont construit la femme qu’elle est. Mais surtout comment le tournant qu’elle a pris lui a été salvateur, en comparaison de son amie. Autant de claques signifiées que signifiantes…

  • Une fin qui invite une relecture

Les dernières planches nous offre un spectacle de miroir tout à fait remarquable. La dernière claque de cette bande dessinée. A tel point que je me suis précipitée au début de l’ouvrage et rebelote, j’ai relue l’oeuvre afin de prendre plus de perspective sur la vie du second personnage.

  • En bref, un aperçu marquant d’ailleurs… un refuge dans l’ici

Oui, j’ai beaucoup aimé cette lecture. Elle m’a tout de même fait mal. Comme une énorme piqûre dans la nuque, comme des aiguilles dans les yeux. Comme un goût du ici et maintenant. Je vous recommande cette lecture, pour le bien du ici et maintenant et pour découvrir l’ailleurs, sans pour autant le comprendre.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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