Instant Illustré

A silent voice -Yoshitoki OIMA – éditions Ki-oon

a_silent_voice_tome_1Voilà. Devenue lecture incontournable, A Silent Voice a bien évidemment rejoint ma bibliothèque. Et ma rencontre avec ce manga m’a beaucoup marqué. En effet, dans la librairie où je travaille, une collègue de la logistique est malentendante. Elle a la grande patience et la gentillesse de m’apprendre des mots, au fur et à mesure de nos entretiens en langue des signes. Je ne progresse vraiment pas vite et elle fait preuve de patience. Et du coup, grâce à elle, je suis parée pour au moins être polie avec d’éventuels clients qui souffriraient du même handicap qu’elle. Et cela m’arrive souvent, finalement.

Et l’an dernier, lors d’une journée classique, un monsieur s’approche de moi et attend que je le regarde. Un client timide… Mais quand il prend son petit carnet pour m’écrire ce qu’il cherche (à savoir le tome 3 de A silent voice), j’essaie de mettre en pratique ce que ma collègue m’a appris. Et le monsieur se met à sourire, presque désolé pour moi, car j’ai du raconter n’importe quoi (ma collègue est droitière, mais je suis gauchère… ce qui fait que j’ai tendance à faire les signes avec les deux mains… ce qui est, m’a-t-elle dit, très malpoli). Bon… Avec mon client, on se comprend, c’est l’essentiel. Je lui donne son manga et lui souhaite une bonne journée. Et puis il repasse quelques mois plus tard. J’ai progressé, je ne fais plus de fautes dans les formules de politesse. Et je suis heureuse de pouvoir communiquer avec lui sans être obligée de, pardonnez-moi l’expression, faire des pieds et des mains.

J’ai lu le tome 1, qui m’avait beaucoup touché, à la troisième visite de mon client. Et puis j’ai oublié. Et puis mon client n’est plus passé, ou du moins je l’ai loupé. La série étant terminée, je suis très heureuse qu’elle ait reçu le succès qu’elle mérite tant. Alors je m’y replonge, en me promettant de faire plus d’efforts pour apprendre encore.

Pour ceux qui seraient passés à côté, parlons-en ensemble.

A silent voice (au Japon Koe no Katachi), par Yoshitoki OIMA aux éditions Ki-oon de janvier 2015 à avril 2016.

a-silent-voice-annonce-ki-oon

  • Ce qu’en dit l’éditeur

Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule.

Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe. Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible.

Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

  • Une thématique touchante qui dépasse le handicap présenté

Car au final, si Shoko est effectivement la cible toute désignée pour être harcelée par ses « camarades » de classe, on comprend très rapidement que ce manga nous présente un phénomène bien plus général : celui du harcèlement scolaire, toute catégorie confondue. La pression de groupe, la suivie du troupeau, l’entrée dans le moule ou la persécution.

Et notre anti-héros, Shoya, en fait les frais dès le premier tome. De bourreau, il passe à victime. La rage qui le contient est mise en miroir au calme et à la résignation de Shoko. Et leur rencontre, violente, puissante, furieuse, déclenche une remise en question pénible et longue, mais si belle à voir.

 

  • Les dominos à l’envers

Je suis particulièrement sensible à cette théorie des dominos à l’envers. Tombés à terre, c’est ensemble que ces deux jeunes gens vont se relever. La jeune fille renfermée, incomprise et intimidée et le jeune homme fougueux, infatigable, caractériel et irascible. Car c’est dans leur tourmente qu’ils se découvrent des points communs, et des forces semblables. C’est toujours très beau, une leçon de vie pareil.

  • Des dessins plein d’émotions

Les dessins de Yoshitoki OIMA sont sublimes. Il faut le reconnaître, si le découpage est très classique et les planches très propres, c’est surtout les visages qui nous laissent à terre. Les expressions sont marquantes, limpides, immédiatement comprises et ressenties. Et pour un manga « tranche de vie », c’est peut-être une évidence, mais là, on atteint un très haut niveau. Enfin, pour moi, cela participe énormément à l’immersion.

  • Une histoire qui nous touche et nous concerne

Impossible de rester de marbre, impossible de ne pas être touché par ces deux personnages, qui nagent contre le courant, qui résistent, tentent de vivre. Une histoire magnifique qu’il fait bon découvrir en faisant quelques pauses entre les tomes.

Une ode à l’amitié, à l’amour, à l’ouverture à l’autre. Le combat de personnages touchants face à une société fondée sur la cruauté du groupe, à l’appartenance coûte que coûte.

Bref, une énorme claque.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s