Halte en prose

Rituel – Mo Hayder -Pocket

rituel-mo-hayderMo Hayder, tirée au sort dans mon Book Jar pour cette semaine, est une auteure de romans policiers que j’ai découverte grâce à ma collègue de Polar/fantasy/SF : merci !

J’ai été victime de cette tentation un peu malsaine lorsqu’elle m’a décrit Birdman et l’Homme du Soir, que j’ai, pardonnez-moi l’expression, enchaînés coup sur coup. Sans doute victime aussi d’une certaine fascination pour le morbide exutoire. J’étais donc très jouasse de « devoir » lire du Mo Hayder cette semaine.

Pour ne pas perdre le fil, j’ai donc lu son troisième roman : Rituel, paru aux éditions Presses de la cité en 2008 et au format de poche chez Pocket en 2009.

Et je reconnais que mon avis est partagé… Le soufflé est légèrement retombé.

  • Ce qu’en dit l’éditeur

« Les fonds vaseux du port de Bristol révèlent parfois de lugubres trésors. La prise du sergent « Flea » Marley, chef-plongeuse de la police locale, aurait de quoi étonner le pêcheur le plus averti. Cette main, tranchée net, n’est assurément pas le vestige d’un noyé…

Récemment muté de Londres, le commissaire Jack Caffery ne sait quoi en penser. Il n’y pense d’ailleurs qu’à regret, trop occupé qu’il est à traquer ses vieux démons. Confusément, il partage avec Flea, obsédée elle aussi par un deuil impossible, une entêtante fascination pour la mort. Tous deux contemplent le fond, avec l’envie d’y sombrer. À jamais. Il n’y a guère que cette main pour les en empêcher. Cette main et ce souffle de magie noire, imprégné de superstitions africaines, qui semblent saisir d’effroi la paisible ville de Bristol…« 

  • Une « suite de série » qui manque de souffle

200 pages pour lancer une enquête, c’est un peu long.
200 pages pour introduire un nouveau personnage, Flea Marley, c’est un peu long.

Et la transition entre l’Homme du Soir et Rituels est vraiment laissée… au placard. A peine quelques lignes, vers la pages 150, pour expliquer le déménagement de Caffery et l’absence de Rebecca (quel dommage ! J’aimais tellement ce personnage féminin hors-normes).

Souvent, quand j’ai beaucoup aimé les premiers livres d’un auteur, j’attends beaucoup, voire énormément, des suivants. Je n’aurais peut-être pas du : je me suis légèrement ennuyée pendant la première moitié du roman. Elle manque d’urgence, de tension, de peurs, de risques. Bref, elle manque d’enquête.

Le rythme plus haletant est déclenché aux alentours, selon moi, des deux tiers du roman. Et c’est là que je commence à me dire : « ah, je l’avais presque pas vu venir, celle-là ! ».

  • Une ambiance fidèle aux premiers romans

Tout comme dans Birdman et l’Homme du Soir, le style est détaché, l’écriture fluide et rapide. On ne s’attarde pas sur les détails, sur les dégoulinures. C’est exactement ce genre d’évasion qui me plaît dans les romans policiers et qui m’y ramène, alors que le souci des détails sanguinolents et crus me fait fuir les thrillers à la Grangé, par exemple.

Pour autant, comme à l’accoutumé, Mo Hayder ne nous fait pas de cadeaux. On n’est pas chez les bisounours, on n’esquive rien. La poésie vaporeuse tant appréciée de Fred Vargas pâlirait devant tant de raccourcis criminels. Un petit extrait sans spoiler pour vous faire comprendre :

« Caffery se détourna de l’écran, soudain très abattu. Il versa dans son café une cuillerée de sucre et regarda l’îlot blanc sombrer inexorablement. Il se souvenait d’avoir entendu dire que six hommes avaient été accusés de viol sur un bébé de neuf mois en Afrique du Sud, persuadés qu’un rapport sexuel de ce type les guérirait du sida. L’idée souleva en lui un tel dégoût qu’il dut repousser sa tasse.

La partie suivante de l’exposé de Marilyn définissait la différence entre le sacrifice humain, qui visait à apaiser une divinité par l’immolation d’une victime, et le sacrifice muti, dont le but était de prélever un maximum d’organes exploitables dans le cadre de la médecine traditionnelle. Le cerveau renforce les connaissances du patient. Les seins et les parties génitales de l’un et l’autre sexe stimulent la virilité. Un nez ou une paupière peuvent servir à empoisonner un ennemi. La photo suivante montrait un petit morceau de chair sur une serviette. Ce ne fut qu’en lisant la légende que Caffery comprit ce dont il s’agissait. Un pénis favorise les gains sur les champs de courses. »

Aucun filtre, mais aucune loupe non plus. C’est cet équilibre que j’apprécie particulièrement, dans les romans de Mo Hayder, au-delà même des intrigues somme toute très respectueuses des couleurs du genre.

  • Flea, ou la deuxième intrigue plus personnelle : passionnante mais inaboutie

Flea, flic et plongeuse d’investigation, a perdu ses parents dans un accident de plongée sous-marine, sans jamais pouvoir récupérer leur dépouille. Une grande partie du roman est consacré à un processus de deuil et son chemin vers la paix intérieur. Ces passages font office de « pause narrative » par rapport à l’enquête principale et nous proposent une seconde intrigue. Malheureusement, je n’ai pas pu la savourer comme je l’aurais souhaité, car un sentiment de frustration et d’incompréhension est né très rapidement.

Intrigue inaboutie, tout simplement parce que, pour pouvoir comprendre et profiter pleinement de ma lecture, j’ai dû faire une pause et quelques recherches sur internet. Boesmansgat. Ça ne vous dit rien ? Moi non plus. Mais après deux trois clics, on se retrouve plonger dans l’ambiance Le grand bleu.

Je fais une petite alerte spoiler ici. Cela ne vous gâchera pas du tout votre future lecture du roman, mais si vous préférez tout découvrir au fur et à mesure (encore une fois : intrigue secondaire), ne lisez pas la partie colorée.

Spoiler-Alert

J’aurai apprécié un peu plus d’explications. J’ai donc stoppé ma lecture à mi-parcours, me sentant un peu perdue et ai pianoté sur mon clavier. Boesmansgat : lieu de plongée extrême mythique, très connue a priori des amateurs d’adrénaline. Il s’agit d’une caverne profonde d’environ 240 mètres située au large de l’Afrique du Sud. En 2005, un plongeur a malheureusement péri en descendant en piquet, filmant ses derniers instants et créant ainsi un raz-de-marée de réactions. Son nom était David Shaw. Alors, une fois que l’on sait ça, on fait tout de suite le parallèle avec l’histoire tragique de l’accident de plongée des parents de Flea, Jill et David Marley. Et une deuxième lecture apparaît, beaucoup énigmatique et frustrante. J’ai été profondément étonnée de ce que j’ai pu voir sur internet, et le drame vécu par le personnage principal m’est apparu plus réel, moins évasif, plus crédible. Un peu plus d’attention portée à l’écriture aurait donc eu de grands bénéfices, à mon sens.

Voilà, fin de la dérive spoilatique.

  • Un bon polar, quoi qu’on en dise

Alors oui, ce livre est, c’est communément admis, « moins bon » que les deux premiers, moins bon que Tokyo, moins… Ok. Mais cela ne m’a pas empêchée de le dévorer en une journée, de le balader dans toutes les pièces de mon appartement en prenant un très grand plaisir à le lire.

Cela reste du Mo Hayder et je suis très sensible à sa façon d’écrire et à sa délicate mise en scène de la noirceur de l’âme humaine. Cette façon qu’ont ses personnages à flirter avec la morale, le convenable, l’accadémique. C’est très appréciable.

En bref, une lecture agréable car on y retrouve beaucoup des atouts Hayder, mais un livre plutôt décevant dans sa globalité.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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2 réflexions au sujet de « Rituel – Mo Hayder -Pocket »

    1. J’ai des périodes personnellement. Un peu comme des lectures « récréatives ». Des impulsions. Bref, moi non plus je ne suis pas une grande fan, mais ça me prend de temps en temps ! 🙂

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