Halte en prose

Funérailles célestes – Xinran – Editions Philippe Picquier

Mes lectures en cours ne doivent pas être chroniquées avant juin… C’est long. Je ne tiens pas en place. Alors je vous parle d’un de mes coups de cœur absolus. De ces romans qui me suivront partout, de ceux que je conseille à toutes les occasions et pour tous types de clients !

Et cette histoire commence par une rencontre. Je suis chez ma grand-mère, à Mâcon, une jolie ville pas très très grande. J’arpente la ville et tombe sur la splendide librairie du Cadran Lunaire. Ma grand-mère est fière de m’y emmener : c’est la seule librairie indépendante de la ville !

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Je rentre dans ce lieu superbe, un peu fouillis. Pas évident de trouver soi-même ce que l’on cherche. Mais finalement, cela ne compte pas. Il y a tellement d’avis de lecteurs, que je me perds à vouloir tous les lire. Et puis surgit une libraire. Nous parlons. Je lui dis mon amour pour la littérature asiatique et elle s’enthousiasme pour Xinran. Alors je la remercie et lui fais confiance. Et voilà, je m’en souviendrai toute ma vie. C’était il y a quatre ans.

Parlons ensemble de Funérailles célestes, roman écrit par Xinran et traduit par Maïa Bhârati, paru aux éditions Philippe Picquier.

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  • Ce qu’en dit l’éditeur

Funérailles célestes est une vraie histoire d’amour et de perte, de loyauté et de fidélité au-delà de la mort. Xinran dresse le portrait exceptionnel d’une femme et d’une terre, le Tibet, toutes les deux à la merci du destin et de la politique.
En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l’espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kejun s’enrôle dans l’armée comme médecin. Peu après, Wen apprend la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l’a préparée – le silence, l’altitude, le vide sont terrifiants. Perdue dans les montagnes du nord, recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d’errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari.
Quand Wen retourne finalement en Chine, elle trouve un pays profondément changé par la Révolution culturelle. Mais elle aussi a changé : en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme ; au Tibet, elle a découvert la spiritualité.

  • Un voyage vers l’inconnu, l’étrange, le cruel, la beauté

Ce roman est une vraie merveille d’éblouissement. Dans son très long voyage, aussi lent que beau, mais aussi dépaysant que cruel, Wen nous fait découvrir le Tibet « sauvage ». Le Tibet nomade, voué à des lois inconnues et étranges.

Certains personnages sont très énigmatiques, la famille nomade est à tomber par terre tant on voudrait les voir, partager leur tente, les prendre dans nos bras, les aimer.

Et pourtant, jamais, au grand jamais nous ne pourrions supporter leurs conditions de vie et le faire avec leur sérénité, leur résignation, leur opiniâtreté. C’est tellement aux antipodes de notre conception de la société que c’est une pause extraordinairement méditative.

  • Un rythme lent et empli de poésie

La plume est aussi douce qu’âpre. L’écriture est calme, poétique et fluide, tandis que le script est musclé, violent et en constante confrontation avec notre personnage principal. C’est un mélange particulièrement bien équilibré qui m’a totalement conquise.

 » L’automne se mua en hiver. L’hiver en printemps. Wen avait perdu toute notion du temps. Elle suivait la famille en quête de nouveaux pâturages et d’abris. Pour elle, toutes les montagnes, tous les pâturages se ressemblaient ; pour eux, il y avait de subtiles différences. Aussi souvent que possible, elle écrivait dans son journal – des lettres à Kejun qu’elle espérait pouvoir lui donner un jour – sur les détails de la vie quotidienne. Les mots s’empilaient. Quand elle eut fini de remplir les pages blanches de son livre d’essais, elle se mit à écrire entre les lignes du texte. Quand ces espaces furent comblés, elle écrivit sur le texte imprimé. Le seul espace qu’elle voulait laisser vierge, c’était l’intérieur de la couverture. Elle réservait cela à Kejun. Quand elle le retrouverait, il écrirait un épilogue à son journal. Les pages débordaient d’annotations sur la solitude, l’amour, la volonté de survivre de Wen.« 

  • La confrontation des cultures dans le périple de deux femmes

Wen, la chinoise de Pékin, rencontre très tôt dans son périple Zhuoma, cette « noble » tibétaine qui vit elle-même une histoire à la Tigre et Dragon. Ces deux femmes seront liées d’amitié malgré les disparitions, les maladies et les enlèvements. J’ai beaucoup aimé cette relation, très pratique à l’intrigue, pleine d’échanges, de discussions et de débats sur leur deux univers et sur leurs mœurs respectives.

  • Un livre qui nous touche et nous percute

Et nous, occidentaux du XIXe siècle, comment vivre ce livre si « exotique » ? J’ai été percutée par ces personnages, ces histoires dans l’histoire, ces digressions politiques ou culturelles, ces mœurs si étranges. Et rien que pour ça, ce livre est un incontournable.

  • En bref

Je ne cesserai de conseiller ce livre aussi longtemps que je lirai. C’est une aventure, une merveille, une cruelle beauté. Accessible, simple et complexe tout à la fois, ce roman témoignage est un trésor : une leçon d’humilité hors du temps, une introspection superbe teintée de poésie « qui tache ». Lancez-vous !


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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7 réflexions au sujet de « Funérailles célestes – Xinran – Editions Philippe Picquier »

  1. Coucou!
    J’avais déjà ajouté ce roman à ma wishlist quand tu m’en avais parlé sur mon blog. Ta chronique est super et dès que je peux me le procurer, je n’hésiterai pas.
    Belle journée.
    Pomme d’épines.

    J'aime

      1. Coucou!
        Voilà, je termine à l’instant « Funérailles célestes » et j’ai tout de suite voulu te remercier pour cette lecture bouleversante. J’ai été tellement touchée par cette histoire! Le destin incroyable de Wen, toute cette vie passée au Tibet à la recherche de son mari, la famille de Gela et son hospitalité si surprenante… les coutumes, les traditions, ces funérailles célestes atroces mais étrangement poétiques également. La nature à perte de vue, le rythme lent de la vie de nomade, la solitude, l’attachement, l’espoir… wow! Ce livre est vraiment une perle dont on ne peut pas ressortir indemne. Tu vois, j’attendais depuis longtemps qu’on me conseille un livre qui me bouleverse autant, c’est chose faite, vraiment merci de tout cœur!
        Belle journée Violaine 🙂
        Pomme d’épines.

        Aimé par 1 personne

      2. Je suis très touchée par ton commentaire, car il résume tout à fait l’admiration que j’ai pour ce roman. Il fait partie des livres de ma vie, j’avoue que je le conseille dès que je peux et je suis extrêmement touchée qu’il t’ait autant plu. Merci beaucoup pour ce si joli retour de lecture ! ❤

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  2. Coucou Pikobooks!
    J’ai découvert ce roman et cette auteure grâce à toi, notamment dans ta vidéo youtube. Je n’avais jamais lu d’auteurs chinois, c’est maintenant chose faite avec Funérailles célestes. Et ce fut pour moiune belle découverte, déjà parce que j’ai découvert ces rites funéraires pour le moins étrange si on peut dire, mais aussi parce que j’ai été très touchée par cette histoire d’amour. Et my god, la scène où on apprend ce qu’il est advenu de Kejun, j’avais la gorge serrée… Il m’a juste manqué plus de profondeur dans l’exploitation des personnages secondaires et plus de paysages et contexte politique pour en faire un coup de coeur. Bon roman tout de même que je ne regrette pas d’avoir lue.
    Merci pour ta chronique!

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