Halte en prose

Le chœur des femmes – Martin Winckler – P.O.L.

Je vous en parlais dans ma dissection détaillée d’une lectrice et j’avais promis d’en faire une petite chronique. Voilà ! C’est chose faite et je peux vous dire que cela a été assez douloureux.

Il y a des livres qui vous marquent à vie. Vous vous en souvenez à chaque fois que le sujet qu’ils traitent revient dans vos conversations. Vous le conseillez à tous ceux qui passent. Vous en venez même à saouler vos proches, qui à votre grand regret, ne le liront pas tant ils en ont entendu parlé. Des livres que vous relisez spontanément, sans savoir pourquoi, ils étaient là sous votre nez, vous sentez qu’il vous reste des choses à découvrir, vous replongez. Ce roman en est un.

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Le chœur des femmes, par Martin Winckler (pseudonyme d’auteur du médecin généraliste Marc Zaffran), publié aux éditions P.O.L en 2009 puis en version poche aux éditions Folio en 2011.

  • Martin Winckler, romancier, médecin, essayiste, traducteur

Pour connaître tout le travail et la bibliographie de Martin Winckler, rien de mieux que d’aller faire un petit tour sur son site.

Voici un médecin qui m’a beaucoup marquée. Dans sa générosité, son regard critique sur le corps médical, son honnêteté et son ouverture.
Voici un romancier qui crie au monde ce que tous chuchotent.
Voici un homme qu’il ne faut pas louper.

  • Ce qu’en dit l’éditeur

« Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

(Je ne m’étendrais pas sur l’intrigue de ce roman car, comme beaucoup, je n’ai pas été surprise. J’ai été enchantée, puis le soufflé est retombé, mais après quelques efforts pour faire passer quelques longueurs, la magie est repartie de plus belle.)

Les éditions P.O.L ont fait un travail admirable de présentation de ce roman, que je vous conseille de lire. En revanche, ceci étant un peu long, je préfère vous laisser le choix. Il vous suffit de cliquer.

  • Un roman lu comme une rencontre

Impossible pour moi de lire ce roman et de ne pas m’identifier à toutes ces femmes. Impossible pour moi de lire ce roman et de ne pas être tour à tour enchantée et révoltée. Enchantée par la voix de Franz, cette sagesse, cette ouverture, cette éthique médicale et humaine incarnée dans un personnage, mais aussi dans un cabinet, un groupe de soignants, une voie différente du quotidien que nous avons tous vécu.

Révoltée par ce constat déjà personnel du peu de sensibilité du corps médical, particulièrement en ce qui concerne « les problèmes de femme » et cette difficulté à trouver ou rencontrer un soignant à l’écoute, ou tout simplement à l’égal.

Tout ce que j’avais déjà observé dans ma vie de femme soignée, je l’ai rencontré dans ce roman. Je l’ai vécu, ressenti, pris. Quelle puissance ! Quel enchantement. Quelle magie d’avoir l’impression d’être comprise par un bloc de papier. Par un personnage fictif (quoique…).

  • Un roman construit comme un cri, une chorale, un chœur

Dignité des femmes, pouvoir de décision, écoute, compréhension de l’autre, ouverture, respect… Autant de forces abordées avec un tact et une finesse hors du commun.

Et des cris, cinglants, violents, puissants, il y en a aussi. Contraception, viols, avortement, transsexualité, menstruations, désir, sensualité, lobbies pharmaceutiques, aveuglement, surpuissance chirurgicale, acharnement… Autant de coup de poing dans le ventre.

Plusieurs voix se font entendre, aussi bien sur le plan du scénario que de celui-ci du style.

Tout d’abord ces deux personnages principaux : deux entités qui s’opposent et qui vont se compléter. Deux visions, l’une formatée, l’autre construite par l’humain, l’expérience et l’ouverture qui vont finalement trouver l’unisson.

Puis, des centaines de femmes, des patientes, des seconds rôles, des internautes, des passantes. Comme d’innombrables chants du cygne dans un ballet surdimensionné.

  • Une lecture positive, presque un devoir ?

Aucune femme ne peut être indifférente à ce roman, aucun homme ne doit passer à côté. Les hommes ne seront ni exclus ni rabroués, bien au contraire. Ils sont invités à découvrir, à comprendre, à ressentir.

Quel dommage que je n’aie pu encore trouvé d’équivalent pour le sexe masculin, je l’aurais dévoré aussi vite que celui-ci. Si vous avez trouvé un « Chœur des hommes« , n’hésitez pas à me le conseiller.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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