Pause dessinée

Le Serpent d’eau – Tony Sandoval

Elle trône sur mes étagères, cette BD magistrale.
Publiée aux éditions Paquet en 2014, au sein de la collection Calamar et réalisée par Tony Sandoval.

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J’ai eu la grande chance de rencontrer Tony Sandoval lors du Festival international de la Bande dessinée d’Angoulème 2016. J’avais découvert récemment son travail, grâce à Mille tempêtes (paradoxalement publié bien après) et là, en plein centre du stand des éditions Paquet : Boom !!! Le Serpent d’Eau qui me regarde, là, calme et tranquille, ces deux masques d’animaux énigmatiques braqués sur moi.

Alors je m’en empare. Sereine. Persuadée d’être tombée nez-à-nez avec une belle lecture. Une belle rencontre. Et là, deuxième Boom !!! Presque personne devant le poste de dédicace de M. Sandoval.

Alors je m’y précipite. Le sourire aux lèvres, la timidité dans le cœur, le rire aux joues.

Merci M. Sandoval.

Le Serpent d’Eau, c’est une perle mélancolique, une étrangeté piquante et inquiétante.

Mila, petite blondinette aussi dure que joliment triste, rencontre Agnès au détour d’une baignade. Et c’est là que la réalité commence à se fondre dans la mélasse.

Mélasse de quoi ? De quel étrange univers parlons-nous exactement ?
Je n’en dirais pas plus, de peur d’influencer votre lecture.

Mais les impressions qu’il me reste sont un curieux mélange de détresse et d’amour, d’envie et de désir, de trouble et d’espoir.

C’est ce que l’on retrouve dans cette BD : des pistes, des thématiques. A travers des traits fins, précis, chirurgicaux, les personnages de Tony Sandoval se rencontrent, se cherchent, en exploitant (comme à l’accoutumé) les questions de l’adolescent, de la sexualité naissante, de l’homosexualité tentante et de la destinée à combattre ou acceptée.

Et c’est là que la magie opère. Chacun devient le Serpent d’Eau. Celui qui libère les émotions, les malaxe et les redistribue.
Et tout devient mélange. Certes, la palette de couleurs utilisée suit une constante pastel sombre et ténébreuse, mais les décors, les lieux rencontrés sont tour à tour connus (une chambre, une ruelle, un escalier) et fantastico-macabres (un souterrain sanglant, une fontaine-frontière).
Et tout devient fuyant. Le sens. Les personnages. Les couleurs.
Tout glisse dans nos mains, immanquablement, au regard de l’eau, ultra-présente dans cette ambiance aquatique.
Il faut remplir l’espace vide, se laisser tenter par le scénario mystérieux et agressif.
Il faut y mettre de soi.

Et c’est pourquoi chacun pourra faire un bilan et une analyse différente de cette histoire. Pour ma part, j’y ai vécu la rencontre de deux adolescentes, chacune perdue dans les tréfonds de la jeunesse, qui se touchent, se comprennent, s’entraînent. J’y ai vu le voyage initiatique de l’enfance disloquée (les dents de lait *clin d’œil*) à l’adulte en construction et déconstruction. J’y ai vu l’acceptation du sombre par le mystère, de l’espoir par l’imagination et du calme par le chaos.

Une très belle oeuvre gothique.

Un vrai coup de cœur.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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2 réflexions au sujet de « Le Serpent d’eau – Tony Sandoval »

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