Les Hauts de Hurlevent - Emily Brontë - ArchiPoche

Ce roman, outre le fait que cela soit un cadeau de Noël (merci encore à mon chéri) et le livre préféré de tous les temps de mon amie Léontine, c’était surtout un défi pour moi : un gros classique.

Vous le savez désormais, j’ai peur des gros livres. Mais vous avez peut-être remarqué également que c’est une peur que je dépasse petit à petit avec mes premières lectures de 2017. J’en vois le bout et cela m’ouvre des portes incroyables !

Parlons ensemble des Hauts de Hurlevent, de Emily Brontë, paru initialement en 1847 et lu dans sa version ArchiPoche, publié en 2016, traduit par Frédéric Delebecque.

Un classique dont je ne connaissais rien

Oui, c’est possible de faire 5 ans d’études supérieures littéraires et de laisser passer les Hauts de Hurlevent. Oui, c’est possible de lire toute sa vie sans en connaître ne serait-ce que le synopsis. Oui, oui. Et franchement, quel bonheur de se plonger dans un classique dont on ne sait rien. Car fatalement, on s’en fait tout un monde. Je m’imaginais une ambiance victorienne très austenienne, romantique et douce. Ahah. Comme j’avais tort ! Et comme j’ai été surprise.

De douceur, il n’en est rien. De victorien non plus d’ailleurs (puisque ce roman commence en 1775 – à peu près). De passionnel, alors là oui. De bouleversant aussi, mais avec des pointes de révolte dans le cœur. Mais je m’imaginais aussi du romantisme projeté dans la nature, les collines pluvieuses, des tempêtes de vent et de passion… et là… j’ai été servie.

Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas réussi à formuler tous les points de réflexion dans un ordre qui ferait sens. Je vous livre donc de façon abrupte les différentes réflexions que je me suis faites face à ce monument de la littérature. Sachez avant tout que j’ai passé un superbe moment de lecture, allant même à sortir sous la tempête qui a frappé la Gironde ces derniers jours pour une petite mise en abîme physique cocasse.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Depuis son arrivée chez les Earnshaw, qui l’ont adopté, Heathcliff, enfant abandonné, semble attirer le malheur sur la maisonnée. Hindley, l’aîné, l’a pris spontanément en grippe. Et tandis que l’orphelin s’est épris de sa soeur Catherine, celle-ci décide de quitter les Hauts de Hurlevent pour se marier, dans l’espoir qu’elle pourra soustraire le malheureux aux colères de son frère aîné…
Au comble du tourment, Heathcliff s’enfuit. Mais il reviendra accomplir sa vengeance et détruire ceux qui l’ont fait souffrir…
L’unique roman d’Emily Brontë, publié en 1847 sous pseudonyme, se présente comme la chronique d’un amour contrarié. Au climat passionnel qui ravage ses personnages, répondent les paysages de lande balayés par les vents, emblématiques de ce chef-d’oeuvre de la littérature anglaise, « le plus beau roman d’amour de tous les temps » selon Georges Bataille.« 

Autant de lieux-prisons pour un presque huis clos captivant

De l’extérieur de la Grange ou de Hurlevent, on ne sait que peu de chose. L’intégralité des événements du récit se déroulent dans ces deux maisons, ou bien dans leurs parcs ou encore sur les chemins qui les relient. C’est plus de 40 ans qui nous sont contés sans qu’aucun autre lieu ne soit introduit. Si certains personnages quittent ce périmètre narratif, de ce qu’il leur arrive : rien ne saura su, ou bien plus tard dans un dialogue. Mais l’action, la vraie, celle d’Heathcliff et de Catherine, est cantonnée à ce huis clos de deux maisons. Maisons qui deviendront des prisons inébranlables.
Si la Grange représente la banalité, un petit coin où il fait bon vivre mais où rien ne se passe, Hurlevent est un enfer, pour tous ceux qui y séjourneront, à l’exception d’Heathcliff, souverain diabolique et caché de la maison de la descente infernale.

Même s’il n’est pas le premier homme à faire vivre a ses résident un véritable enfer dans cette maison, il faut bien reconnaître qu’il est le seul à en être pleinement conscient, ou plutôt à le souhaiter.

La spécificité du récit : du témoignage lyrique à la mise en abîme narrative

La structure du récit est particulièrement intéressante. De nombreux « témoignages » sont imbriqués les uns dans les autres. Hélène Dean raconte le passé des protagonistes à un observateur totalement neutre, Mr Lockwood. Les événements qu’elle n’a pas vécus lui sont souvent racontés par d’autres personnages, qui prennent alors le relais dans le récit.
Ce qui est très malin, c’est que bien que le roman soit composé exclusivement de récits racontés à l’oral à la première personne du singulier (permettant donc un point de vue ultra intrusif), nous n’avons jamais accès aux pensées et réflexions profondes ni de Heatcliff ni de Catherine.

Sauf bien entendu, dans les très nombreux monologues enflammés parsemés dans tous les témoignages. Ce qui ne fait que renforcer la force des idées exprimées, car elles sont le seul point d’entrée dans la psyché des deux amants.

On a du mal à ne pas se dire que ce lyrisme et cette fougue ne peuvent pas être réalistes.Comment se souvenir de si beaux discours, poétiques et vivants, dix ou quinze ans plus tard, en en parlant tard la nuit, autour d’une petite bouteille de liqueur ?

Malgré la prose lyrique et si poétique des monologues narrés, des dialogues enflammés et des descriptions précises et détaillées, l’immersion dans les différents récits racontés est réelle. Les différents narrateurs ne cessent de rappeler leur rôle et donc de nous conserver dans la situation initiale. On sait que c’est un souvenir dans un dialogue et cela fonctionne parfaitement, tout en étant un tantinet invraisemblablement précis.

De fait, on se fait une idée très précise des différents personnages, de leur comportement et de leurs réactions, exactement comme avec un narrateur omniscient, mais simplement à travers d’autres procédés d’écriture (« je l’ai trouvé bien triste » ; « elle était toujours si arrogante »…).

L’expression pure de la colère

Que cela soit celle de Heathcliff, d’Isabelle et même d’Hélène, la colère est un élément si solide dans ce roman que cela m’a même mis les nerfs en pelotes. J’étais tendue, au même titre que tous ces personnages. J’avais, comme eux, une furieuse envie de hurler, de taper, de crier, de fondre sur le monde et de crier à l’injustice !

Heathcliff et Catherine sont tous deux tellement torturés, tellement insoumis et cruels, l’un comme l’autre.
A ceci près que Catherine tente réellement de s’échapper de la spirale tordue et vicieuse dans laquelle elle grandit. Elle s’échappe de cet endroit tristement atypique dans les bras de l’homme le plus banal et insignifiant de son entourage. Une traîtrise qu’Heathcliff ne pardonnera jamais. Pas à l’amour de sa vie, pas à son mari, ni sa fille, ni son propre fils, ni n’importe quelle créature liée de près ou de loin à l’éloignement de Catherine.
Cette haine sera diriger contre tous ceux qui respireront le même air que lui, créant dans la foulée un effet boule de neige dévastateur.

Cela donne une lecture étouffante et passionnante, mêlée d’espoir et de tragédie. Incroyable !

En bref : une lecture atypique et splendide

J’ai passé un moment incroyable de lecture, tantôt désespérée, tantôt en colère, puis subitement pleine d’espoir, soulevée par les envolées  lyriques des personnages… Toute la palette des émotions quoi ! Je vous recommande grandement ce classique de la littérature anglo-saxonne… une tuerie !

J’aurais encore tant à en dire, mais j’écris une chronique, pas une thèse.

Je n’ai qu’une envie, c’est de lire la bande dessinée publiée chez Delcourt ainsi que le film de 1992 avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche…


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

 

Commentaires   

Ptitelfe
# Ptitelfe 30-07-2017 20:02
Ce livre.. mais ce livre!!! c'est un chef d'oeuvre!! Découvert en 2011 c'est grâce à lui que j'ai replongé dans la passion de la lecture! Et quand je vois que ça fait déjà 6 ans! je me dis qu'une relecture sera bientôt la bienvenue! Je n'arrivais tout simplement pas à lâcher ce roman quand je l'ai découvert, j'étais tellement happée par ce tourbillon de sentiments, de violence, de passion déchaînée! Ca m'a complètement retourné !
Par contre, au risque de te décevoir, j'ai bcp plus de mal avec Jane Austen. quand j'ai lu O&P, j'ai du faire une pause de 6 mois en plein milieu, j'ai failli l'abandonner. Je n'en ai lu aucun autre depuis ^^
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