[TBTL] Croquemitaines - Mathieu Salvia et Djet - Glénat Comics

J'ai soudain ressenti l'envie de repartir dans les rendez-vous de la toile, trop longtemps délaissés par manque d'organisation. Nouveau bureau = nouvelles bonnes habitudes ! Quelle joie. Parmi mes rendez-vous favoris, il y a le Throwback thursday livresque de Bettierose, qui nous invite, grâce à des thématiques hebdomadaires à replonger dans nos plus beaux souvenirs de lecture.

Ensemble cette semaine, plongeons dans le TBTL spécial "sanglant ou nocturne". Bien entendu, avec un thème pareil, je pourrais vous parler de vampire. C'est même difficilement contournable non ? Mais non ! Résistons et exploitons un peu le thème "nocturne". J'ai envie de vous parler d'une bande dessinée absolument dingue, d'un dyptique puissant et splendide : Croquemitaines, scénarisé par Mathieu Salvia et illustré/colorisé par Djet, publié chez Glénat Comics.

« Ni cris ni pleurs ne te sauveront,

Une fois le pied dans ta maison,

Oublie amis, proches et parents,

Quand sur ton lit, son ombre s’étend. »

Ce qu'en dit l'éditeur

Passionné de lecture, Elliott a toujours eu une préférence pour les histoires de Croquemitaines, ces créatures monstrueuses qui, la nuit, se cachent dans l’ombre ou sous le lit pour effrayer les petits enfants. Il n’imagine pas à quel point elles vont changer sa vie… Témoin du meurtre sanglant de ses parents, il va découvrir qu’en réalité, les Croquemitaines existent bel et bien et que des codes très précis régissent leur existence. Lorsque l’un des plus puissants d’entre eux, le « Père-la-mort », se met en tête de le protéger, Elliott se retrouve plongé dans un terrible conflit au cœur d’un univers aussi terrifiant que fascinant dont il devient l’enjeu principal. Par une sombre nuit orageuse, le destin d’Elliott va s’accomplir…

Un dyptique horrifique et terrifiant

Attention : certaines planches peuvent être qualifiées de franchement dégueu et bien sanguinolantes. Dans Croquemitaines, les monstres, petites soeurs (ces pensées noires qui émanent des humains et dont les croquemitaines se nourrissent) et autres bestioles font définitivement frémir. Les croquemitaines ne sont pas en reste : aussi classes (oui, classes, terriblement classes) qu'oppressants, ils sont tout bonnement de vrais cauchemars : cruels, violents, brutaux, sans coeur, avides, sadiques... Tout y est, de quoi hanter vos nuits.

Les couleurs choisies par Djet subliment l'horreur du scénario : rouge, gris, bleu sale, vert malade, rouge encore, rouge, du rouge partout... Mais surtout des ombres, du noir ici et là, si bien qu'on ne sait jamais vraiment s'il fait jour ou nuit dans ce cauchemar sans fin.

    Accepter la peur et apprendre le deuil

    Elliott, traumatisé par l'assassinat de ses parents et terrifié à l'idée de lâcher-prise à sa douleur, va plonger dans une course poursuite macabre aux côtés du Père-la-Mort, dernier des anciens êtres, terrassés par la horde de croquemitaines dissidents : une bande d'assassins sans coeur, comme Père-la-Mort autre fois. De cette course désespérée, Elliott va apprendre l'injustice, la peine profonde et les pleurs, il va courir, paradoxalement protégé par ses cauchemars, courir vers la vie, qui continue malgré tout.

    Chacun pourra trouver un message plus personnel en ce qui concerne la part de ténèbres que nous portons tous au fond de nous. Chacun pourra interpréter à sa manière l'existence de ces fameuses petites soeurs et la capacité que l'on peut avoir à donner une forme réelle à nos peurs les plus profondes. 

    Au-delà du récit d'Elliott, c'est une belle proposition sur la peur que nous font les auteurs, j'ai adoré.

    Une mythologie dense et moderne

    Si le récent se concentre essentiellement sur la course poursuite d'Elliott accompagné du Père-la-Mort et de son chien-cauchemar qui le protègent mystérieusement, chaque nouveau défi/combat/affrontement nous en apprendre davantage sur la mythologie complexe mise en place par les auteurs autour de cette créature folklorique. Les croquemitaines ont tous une apparence extrêmement différente aux influences variées : la sorcière asiatique tout droit sortie d'un film d'horreur, le chapelier fou cauchemardesque, le gros lourdaud prêt à dézinguer du zombie... autant de références modernes, allez, disons-le franchement : aussi geeks que littéraires. Le découpage est dynamique et ultra sportif : les combats sont rapides, saccadés, les détails exilés dans des petites cases superposées. Tout est fait pour que l'action prédomine. Mais l'univers est si riche qu'il s'implante dans notre lecture sans qu'on y fasse précisément attention. Bravo. J'adore quand une seconde lecture permet de se focaliser sur un tout autre aspect de la bande dessinée. C'est ce que j'ai fait avec Croquemitaines, afin d'en apprécier d'autant plus la mise en scène moderne et l'univers ultra riche.

    Une aventure créative partagée

    Que cela soit dans le tome 1 avec un dossier façon enquête policière sur les recherches et découvertes d'Elliott, mais aussi une interview des auteurs, des croquis et storyboards ; comme dans le tome 2 avec des fanarts de nouveaux artistes et des planches en couleurs à tomber par terre, les deux tomes de ce duo nous offrent des expériences extradiégétiques très intéressantes. Les suppléments à l'histoire principale m'ont beaucoup plu et m'ont permis d'admirer davantage les talents de Djet. Je suis charmée, encore et encore.

    Vous l'aurez compris, j'ai vraiment été enchantée par ma lecture : je vous encourage à vous faire peur et à dévorer vos cauchemars !

    Liens utiles - le TBTL

    Et comme pour tous les articles liés à ce rendez-vous, pour en découvrir davantage : 

    - rendez-vous sur la page du TBTL de Bettierose lié à cette semaine,
    - rendez-vous sur la page récapitulative du TBTL de Bettierose pour connaître les anciens et prochains thèmes.

    Copyright © PikoBooks 2017