La nuit des Temps - Barjavel - Pocket (Relecture)

J’ai passé un excellent moment aux côtés de La tête dans les Livres, copinaute passionnée avec qui j’ai fait une relecture commune de La Nuit des Temps. Et non seulement nous avons beaucoup apprécié, mais nous avons également eu les mêmes réserves, la même drôle d’impression.

En ce qui me concerne, ce roman je le relis après 12 ans. J’étais jeune, j’avais adoré ! Lu pour « l’école », j’avais passé un moment incroyable, passionné et désespéré.

Adulte, avec du recul, ce livre reste fantastique, mais (oui, y’a un mais), le contexte d’écriture n’arrive pas à effacer l’aspect particulièrement misogyne qui le teinte d’un bout à l’autre.

Parlons ensemble de La Nuit des Temps, de Barjavel, aux éditions Pocket (première publication en 1968).

Ce qu’en dit l’éditeur

« L’Antarctique. À la tête d’une mission scientifique française, le professeur Simon fore la glace depuis ce qui semble une éternité. Dans le grand désert blanc, il n’y a rien, juste le froid, le vent, le silence.
Jusqu’à ce son, très faible. À plus de 900 mètres sous la glace, quelque chose appelle. Dans l’euphorie générale, une expédition vers le centre de la Terre se met en place.

Un roman universel devenu un classique de la littérature mêlant aventure, histoire d’amour et chronique scientifique. »

Une écriture singulière, nette et précise, empreinte de poésie

Déjà au bout de 10 pages, j’étais scotchée : « Dans les brumes empoisonnées par leurs fatigues d’hier, des millions d’hommes s’éveillent, déjà épuisés d’aujourd’hui ». (*claque monumentale sur cette phrase*).

Ce style ! Cette écriture ! Cette imagination… ! Je continue ?
J’ai vraiment retrouvé mes amours de jeunesse à travers la lecture de ce roman. Les dialogues… wouaw. J’adore.
Les phrases cultissimes qui reviennent « Je suis à Païkan« , « Je suis à Elea« .

L’écriture de Barjavel est simple, épurée et précise. Elle est éminemment poétique et imagée. Mêlé autant de nature dans l’apocalypse, dans l’amour (charnel et spirituel), dans la technologie la plus poussée (sans qu’elle devienne inhumaine). Quel brio ! Si il y a bien une chose de sûre, c’est que Barjavel sait écrire la romance. L’amour est si bien travaillé, distillé parmi les pages et les différents personnages.

Mais Barjavel sait également écrire la fiction : celle d’une civilisation, d’une technologie, d’une culture et d’un passé. L’imagination participe à l’écriture, elle transcende les mots. C’est fou comme cela fonctionne si bien et pourtant comme cela est dur à expliquer.

Une construction avant/après/pendant/plus tard

J’ai beaucoup apprécié le dynamisme de la construction de ce roman, la multitude de points de repère, les aller-et-retour dans les différents champs narratifs. Quel talent !

Je suis persuadée que c’est cette construction magistrale qui porte le roman. Car les longueurs sont là, justement, lorsque ces aller-retour cessent. La fin du roman court…court… car les points de vue ne changent que trop peu.

Cette construction « rubik’s cube » (si, si, j’ose) est ultra-prenante et merveilleuse. Elle permet l’acceptation de tous ces postulats scientifiques et imaginaires : tout s’imbrique et tout devient incroyablement crédible.

Un contexte d’écriture qui excuse (peut-être) une certaine misogynie

Oui, je m’en voudrais beaucoup de ne pas en parler. Car s’il y a bien un point sur lequel La Tête dans les Livres et moi étions d’accord, c’est la gêne que nous avons ressentie face à tous les personnages féminins de ce roman.

Sans vous spoiler, pour ceux qui n’auraient pas encore lu La nuit des temps, je tiens tout de même à dire que la représentation des femmes n’y est vraiment pas très belle.

Si bon nombre des scientifiques de la mission arctique sont des femmes, les sobriquets que les personnages masculins leur infligent sont révoltants : « ma poupée », « ma mignonne », « petite sœur », « belle », « bien gentille »… Non, non et non. Comme tout cela est réducteur.

Heureusement, le personnage d’Eléa renverse un peu la balance. Je dis « un peu », car si son caractère est complet, impulsif et entier, les raisons de son existence dans ce cocon technologique laissent un mauvais goût dans la bouche.

Mais oui, je le reconnais, ce roman est écrit en 1968. Contexte très misogyne, pas très révolutionnaire dans l’écriture des femmes. (Si vous avez des exemples, je suis preneuse). Alors je relativise. Mais, ce qui m’avait échappée adolescente me crève désormais les yeux. J’aborderai mes prochaines lectures de Barjavel avec, peut-être, une certaine appréhension.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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