La Bête du Bois Perdu - Nina Gorlier - Magic Mirror

Les réécritures de contes m’ont toujours beaucoup intriguée et séduite. Ce n’est finalement que la continuité parfaitement sensée d’un conte : être réinventé, redit, revécu. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’une réécriture aussi inventive que fabuleuse. Alors : promenons-nous dans les bois !

bete bois perdu miniature

Comment ne pas vous répéter encore et toujours mon amour pour la petite maison d’édition Magic Mirror ? Spécialisée dans la réécriture de contes, cette maison soigne ses publications et ne cesse de me surprendre.

Je vous parlais d’ailleurs de leurs précédents ouvrages sur le blog :

Aujourd’hui, je souhaite vous parler de leur toute dernière parution : un roman très intéressant que j’ai dévoré en quelques heures de pur délice.

couverture du roman La Bête du Bois Perdu

  • La Bête du Bois Perdu
  • Nina Gordier (dont j’ai appris l’existence sur la toile littéraire en faisant des recherches pour cet article ! Vous pouvez retrouver son blog juste ici : Moonlight Symphony)
  • Paru le 16 juillet 2018
  • aux éditions Magic Mirror
  • Illustration de couverture : Mina M

Il s’agit d’une réécriture tout à fait surprenante du conte de la Belle et La Bête (s’inspirant des multiples versions écrites autour du monde).

Ce qu’en dit la maison d’édition

« La Bête est insaisissable. Elle se glisse dans les sous-bois quand tombe silencieusement la nuit. Elle rampe, rugit d’une rage sourde, prête à ravager les alentours de sa fureur meurtrière. Et nul ne la rencontre sans en mourir.

La Bête n’a pas d’ombre. Elle ne laisse aucune trace après son passage, si ce n’est que le corps massacré de sa pauvre victime. Dans la pâle lumière du soir, sa fourrure se marie à l’absence de couleurs. »

Depuis qu’elle a décimé sa famille, Sybil n’a qu’une obsession : tuer la Bête et trouver enfin la quiétude dans la vengeance. Moins coquette que ses sœurs, moins prompte à se marier que les autres filles de son âge, la belle, éprise de liberté, préfère s’exercer aux arts de la chasse et manie l’arbalète avec courage.

Retenue au village par l’amour qu’elle porte à son père défaillant, elle finit par répondre à l’appel obsédant de la forêt le jour où la Bête frappe de nouveau. Sait-elle qu’elle vient de poser le pied au cœur d’un labyrinthe inextricable fait de roses dorées, de contes oubliés et d’illusions démentes ?
Les rêves et les cauchemars, les histoires et les réalités se mélangent dans ce bois perdu où les reines mangent les cœurs des jeunes filles et où les princes cachent des monstres …

Une écriture picturale et lumineuse

La première des forces de ce roman, c’est son style, qui convient parfaitement à l’idée que je me fais du conte moderne : un mélange subtil entre tradition et modernité. Ni trop, ni trop peu. Alors oui, certaines répétitions sont encore à déplorer, mais il n’empêche que la magie a immédiatement opéré, sans aucun chichi maladroit ni fioriture encombrante. Au contraire, l’autrice réussi avec brio à créer ce qui à mon sens est primordial à une réécriture de conte : des variations d’atmosphère, entre merveilleux et horrifique. L’autrice porte une attention particulière aux couleurs, aux matières et textures, aux odeurs. Tous les sens sont sollicités et on est vite séduit.e.s par ces tableaux magnifiques, mais aussi rapidement glacé.e.s par les images cauchemardesques qu’elle dissimule au détour d’un paragraphe enchanteur.

Un conte figé dans le temps et l’espace

Seconde force du roman, la manière dont on finit par se perdre dans ses référents. Au même titre que Sybil et Rose, deux héroïnes étroitement liées dans leur quête individuelle, toutes deux à la poursuite de sens et de réponse.

Dans la forêt fabuleuse qu’elles arpentent, le temps leur joue des tours, l’espace les perturbe et la raison les fuit. Les référents sont sans cesse brouillés, entre rêve et réalité (les deux femmes, à la manière d’Alices perdues, ne cessent de se réveiller de rêves dont on n’arrive que difficilement à comprendre l’épaisseur narrative). C’est brillant, car cela permet une grande évasion. Bien entendu, nous suivons les deux jeunes femmes dans leur recherche de sens, mais sans tenter de comprendre avant elles. Il n’y a d’ailleurs aucune piste à suivre, si ce n’est celle des sentiers tortueux et obscurs de cette forêt si étrange. J’ai adoré m’y perdre et lâcher prise dans ce réel onirique.

Un univers fabuleux et inquiétant

La Belle et la Bête ? Oui, sans doute, mais pas que ! Troisième force de ce roman : sa grande richesse. En se réappropriant totalement l’univers des contes classiques (justement à travers cette forêt glauque et mystérieuse dans laquelle les personnages errent), l’autrice incorpore à sa trame principale de très nombreux clins d’œil et « guests » fabuleux. Quel délice de découvrir, au détour d’un sentier, le Petit Poucet sanglotant ou bien le Chasseur terrifiant, désobéissance à la Reine démoniaque. Cela dit, ce méli-mélo de contes est réalisé avec finesse et il n’est en aucune façon question de remplir un bingo. C’est subtil, malin et surtout cela a du sens dans la grande intrigue du roman : bref, c’est top !

Symbolisme et introspection

Mais ce qui a fini de me séduire, en me faisant franchir le point de non-retour, c’est l’intelligence avec laquelle l’autrice utilise les symboles des différents contes avec lesquels elle joue pour permettre à son personnage principal (Sybil) de fouiller au plus profond d’elle-même, de se comprendre et finalement, de s’accepter, dans toute la complexité qui la compose, ses parts d’ombre comme de lumière. Dans ce roman, les personnages font face à des émotions oppressantes, telle que la jalousie, la honte, la colère, le désir de vengeance… Il ne s’agit pas uniquement de jeunes femmes blessées tentant de dépasser leur condition à travers une action héroïque, mais bien d’une véritable quête initiatique où elles tenteront tour à tour de se retrouver et de faire la paix avec elle-même.

En bref, une réécriture de conte enchanteresse

La Belle et La Bête est un conte qui me passionne. J’en connais de très nombreuses versions, des quatre coins du monde et la première de mes craintes étaient justement de ne pas être ni étonnée, ni intriguée. Que nenni ! J’ai été totalement happée par ce très sympathique page-turner, surprise et tenue en haleine par son intrigue profondément originale.

J’ai vraiment adoré ce roman, aussi intéressant que délicieux et je vous le recommande chaudement si vous aimez les réécritures de conte ou les récits littéralement fabuleux.

Copyright © PikoBooks 2017