Dites aux loups que je suis chez moi - Carol Rifka Brunt - 10/18

Ce roman est un cadeau. Un très beau cadeau que mon amoureux a choisi de me faire pour Noël. Merci encore à lui, car c’est un roman qui se lit à une vitesse incroyable, tout est si simple et si instinctif. J’en suis encore sur les fesses.

Je l’ai lu en lecture commune avec Vinushka, du blog Lectoplum et elle partage mon avis : ce fut une très belle lecture.

Ce roman, il n’est pas parfait, des longueurs et quelques incohérences de comportement m’ont gênée, mais franchement, ce n’est rien par rapport à la qualité narrative et le plaisir que j’ai pris à le lire !

Parlons ensemble de Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt, paru ici chez 10/18 en juin 2016, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Axelle de La Rochefoucaud et initialement paru aux éditions Buchet/Chastel en mai 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur

« 1987, une banlieue new-yorkaise. Ecrasée par une soeur aînée histrionique et des parents absents, June rêve d’art et de son oncle Finn, peintre new-yorkais reconnu. Quand il meurt du SIDA, l’adolescente inconsolable se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme « l’ami » de Finn. Confrontée au deuil, à la réalité d’une maladie encore honteuse et au malaise de sa famille, June bascule dans le monde des adultes et son hypocrisie.« 

Une écriture maîtrisée ultra fluide : parfaite !

Incroyable ! Moi qui est une peur vivide des gros pavés, car j’ai toujours peur qu’ils soient lents, lourds, longs… Celui-ci, je l’ai dévoré. Je l’ai lu à une vitesse impressionnante, sans « tiquer » une seule fois. Ce qui me fait dire que l’écriture est d’une grande justesse. Fluide, légère et naturelle. Aucune phrase un peu à côté, aucun dialogue maladroit : tout est écrit avec justesse et simplicité. BINGO !

Un contexte narratif lourd

1987. Le SIDA est une maladie reconnue, mais dont la réalité est encore très peu connue, et des chercheurs et du grand public. Le mythe et les craintes que cette maladie génère exclue bon nombre de personnes malades de la société, considérés comme des parias contagieux et criminels. Oui, criminels. Retenez que ce n’est qu’en 1993 que le somptueux, brillant et nécessaire Philadelphia sortira en salle aux Etats-Unis.

Ce contexte historique est particulièrement bien retranscrit, même si, en grande fan de Philadelphia, je n’ai rien appris ni ai été étonnée. En revanche, ce que j’ai vraiment appréciée, c’est que ce contexte ne soit pas central à l’histoire. Oui, deux des personnages sont malades et oui, cela influe fatalement sur le comportement des autres protagonistes, mais ce motif n’éclipse en rien le nerf de ce roman : la complexité des relations familiales.

Big up donc pour cet équilibre très apprécié.

La parenthèse artistique : métaphore de la guérison du cœur

J’ai particulièrement apprécié le motif de l’art qui transperce ce roman de part en part. Que cela soit à travers les poses que prennent les différents personnages, les représentations qu’ils tentent, les tableaux/objets exposés ; mais surtout à travers l’évolution et les modifications du dernier portrait de Finn, celui qu’il fait de ses nièces, jouant ainsi un rôle crucial dans leur relation future.

Des relations familiales complexes

La relation qu’entretiennent les deux sœurs est pour moi la véritable problématique du roman, son cœur de développement. J’ai été sensible à son évolution, aux efforts de chacune pour faire un pas vers l’autre, aux difficultés qu’elles rencontraient à appréhender cette sœur apparemment insensible… Je m’y suis projetée, ai été très émue, mis en rapport beaucoup des interactions que j’avais avec ma petite sœur pendant notre adolescente.

Greta vs. June fonctionne aussi bien que Greta avec June. Les deux soeurs sont vraiment touchantes dans leurs « je t’aime/moi non plus ». Les relations qu’elles entretiennent sont d’une profonde justesse.

Paradoxalement, c’est plutôt la relation June/Toby qui m’a déçue. J’ai trouvé certaines des réactions des personnages particulièrement incohérentes. A mon sens, même en deuil et dans le contexte historique que nous avons décris, June (qui n’a tout de même que 14 ans) accorde bien trop rapidement sa confiance en cet homme adulte détesté par ses parents, qui tente de prendre contact avec elle après le décès de son oncle. Si la fin de l’ouvrage vient justifier cette confiance mutuelle rapide, j’ai tout de même passé quelques centaines de pages à douter de la crédibilité de June. Voilà pour mon seul petit bémol.


Bref, ce roman est un tableau familial haut en couleurs, rythmé et réussi. Une petite pépite ultra fluide et structurée, à lire sans crainte de l’ennui.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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