Un Funambule sur le sable - Gilles Marchand - les Forges de Vulcain #RLN2017

Ce roman de la rentrée littéraire m’a envoûtée. Voilà, c’est dit ! Il est encore une fois la preuve que je suis de plus en plus en phase avec mes affinités littéraires et que mes désirs collent souvent à mes plaisirs. Et ça, c’est terriblement grisant.

Non, je ne connaissais pas la plume de Gilles Marchand, malgré le succès rencontré par son premier roman Une bouche sans personne, paru en 2016. J’étais complètement passée à côté. Je le regrette aujourd’hui mais rien n’est figé puisque j’ai eu la chance de le trouver d’occasion récemment. Il attend sagement mon retour de vacances.

Pour l’heure, parlons du fabuleux Funambule sur le sable, de Gilles Marchand, paru aux éditions des Forges de Vulcain dans le cadre de la rentrée littéraire 2017.

Ce qu’en dit l’éditeur

Naître avec un violon dans la tête, c’est impossible ?

C’est pourtant ce qui est arrivé à Stradi.

De ses premières années d’école à son arrivée dans le monde professionnel, il souffre de l’incompréhension, de la maladresse ou de l’ignorance des adultes et des enfants qui partagent son quotidien. A ces souffrances, il oppose un optimisme invincible. De petites victoires en désillusions, il apprend à vivre dans un monde qui ne semble pas fait pour lui.

Auteur d’Une bouche sans personne, qui a connu un immense succès, Gilles Marchand nous revient avec un deuxième roman qui nous emporte, nous envoûte. Une histoire fabuleuse, pleine de poésie et de fantaisie, d’humour et d’amour.

A propos de la quatrième de couverture

Souvent, je me méfie des quatrièmes de couverture, pour avoir été à plusieurs reprises étonnée de la différence entre ses promesses et le contenu du livre qu’elle est censée présenter. J’ai souvent l’impression dérangeante d’avoir été biaisée, ou bien séduite sur des points finalement absents du roman alors que d’autres bien présents m’auraient plu tout autant. Pour avoir eu à ma charge quelques rédactions de quatrième, je sais combien cela peut être difficile comme exercice et ce n’est jamais quelque chose que je reproche à qui que ce soit, quand bien même on « m’aurait vendu du rêve » (sauf, clairement, en cas de mensonge).

Mais ici force est de constater que cette quatrième est sublime. Non seulement elle donne furieusement envie, mais elle est également ultra transparente et vraie. Je suis baba devant cette quatrième dont les promesses sont toutes respectées. Bravo donc au professionnel qui a concocté ce texte qui aura su me séduire sans me décevoir.

De la difficulté d’être soi quand on est différent

Stradi est un personnage comme on en voit peu. Différent, il souffre. Malade, il souffre. Soigné, il souffre. Mais jamais il ne tombe dans le désespoir. Il avoue ses faiblesses et ses peines, il reconnaît les situations malaisantes et blessantes, mais il avance, encore et toujours. Il fait fie de l’adversité, tout en la regardant dans les yeux. Ce personnage nous souvent de très belles leçons de résilience, ce qui donne quelques passages extrêmement émouvants.

Parmi les éléments qui ont fait battre mon cœur au cours de ma lecture, on retrouve :
- ce violon qu’il a dans la tête et qui jamais ne s’arrête, cette douleur constante et latente, ce rappel permanent de son handicap…,
- ces parents complètement largués qui, même s’ils font souvent les mauvais choix et s’ils ferment les yeux sur une souffrance trop dure à encaisser, font toujours preuve d’amour et de soutien,
- cet optimisme sans fin qui accompagne des douleurs réelles sans pathos exagéré,
- ces personnages secondaires rocambolesques et vrais qui, eux aussi, iront au-devant des moqueries et des injustices,
- ces petits riens qui deviennent de grandes personnes,
- cette approche si réellement, juste et précise de la douleur cachée, de la souffrance invisible :

« À vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions. Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement à côté, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. J’aurais pu considérer mon violon comme un don de la nature mais il était trop lourd à porter. J’ai avancé dans la vie comme un funambule sur le sable, avec un don que je ne pouvais pas utiliser, empêtré et maladroit. »

Bizarre ? Plutôt poétiquement incongru !

Il y a beaucoup d’absurde à la Boris Vian dans ce roman, ce qui en fait une lecture merveilleusement étrange. Parmi les éléments qui m’y ont fait penser, on retrouve ce plombier qui frappe aux portes pour combler sa solitude, ce demi-chien dont on sait qu’il a une tête et des pattes avant accompagnées d’un système digestif autonome mais dont on ne sait pas s’il a des jambes, ou encore bien évidemment ce violon figé dans la tête de notre personnage principal, qui semble mue d’une volonté qui lui est propre.

Cela offre une deuxième partie de roman tout à fait cocasse et sublime, colorée d’optimisme et de forces !

« La pièce des idées dangereuses était fermée à double tour et on n’y entrait pas sans l’accord du directeur. Y étaient classées également les idées militaires et stratégiques. Une pétition du personnel avait circulé pour y classer aussi les idées sectaires mais la direction s’y était opposée en arguant que ranger ici les idées sectaires était en soi une idée sectaire. Le gouvernement avait pour sa part manifesté la demande que l’on y ajoute les idées utopiques et révolutionnaires mais le personnel posa un préavis de grève en expliquant qu’on ne pouvait dissocier les idées syndicales des idées révolutionnaires ».

Une littérature sensible et merveilleuse

Je suis encore totalement sous le charme de l’écriture de Gilles Marchand. Il aura su me faire rire et pleurer à quelques paragraphes d’écart, me faire remettre mon enfance en perspective, réfléchir et rêver tour à tour, m’émerveiller et m’effrayer à la fois.

Une fois n’est pas coutume, je vous encourage vivement à lire les chroniques postées sur la page Babelio dédiée au Funambule sur le sable, elles sont toutes fascinantes et vous convaincront peut-être mieux que moi de ne pas passer à côté de ce bijou.

Je vous laisse, j’ai son premier roman sur le feu ! Si j’en crois ce que je lis sur la toile, nul doute qu’il sera  aussi bon que celui-ci.

Commentaires   

Clémence
# Clémence 22-10-2017 17:30
Le titre et la couverture me rendaient déjà curieuse, je dois dire que tu m'as convaincue ! Ce que tu en dis me parle beaucoup :) j'aime d'ailleurs toujours davantage ce qui a un côté sensible plutôt que "trop" positif !
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Vinushka
# Vinushka 26-09-2017 12:02
Je le note pour ma wish. Ton avis donne vraiment envie de le lire, j'ai failli passer à côté ! Et c'est vrai que ça fait penser à Boris Vian pour le coté absurde, je n'en ai lu qu'un (l'écume des jours) et j'avais été charmée.
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