Les Huit Montagnes - Pablo Cognetti - éditions Stock #RLN2017

Ce roman, je ne m’y attendais pas. Un coup de cœur pareil pour un ouvrage de la rentrée dite « des grands », soit la rentrée littéraire traditionnelle que l’on voit partout, cela faisait un sacré bout de temps que cela ne m’était pas arrivé.

Si chaque année, je fais la curieuse, je furète partout et je lis de tous les horizons, j’ai tout de même quelques affectes réguliers, et, cela me peine de l’avouer, la maison d’édition Stock n’en fait pas nécessairement partie.

Mais au début du mois d’août, en vadrouillant sur Net Galley afin de préparer la rentrée, j’ai décidé sur un coup de tête et par amour de la contradiction, sans doute, d’éplucher le catalogue de chez Stock. Des montagnes… un récit intime… un roman court déjà prisé en Italie ? Houuuuuuu ! Mais c’est que ça m’intéressait tout ça !

Je suis très heureuse d’avoir fait ma curieuse, d’avoir suivi mon instinct sans rester campé sur mes habitudes et mes positions.

Parlons ensembe des Huit Montagnes, de Pablo Cognetti, publié aux éditions Stock lors de cette rentrée 2017 et traduit de l’italien par Anita Rochedy.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Quel que soit notre destin, il habite les montagnes au-dessus  de nos têtes. »

Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes.  Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana,  au coeur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la  montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers,  puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié.
Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès  de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son  passé – et son avenir.
Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti mêle  l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage  et de filiation.

Du nature writing renversant

Chapeau bas à la traductrice, Anita Rochedy, qui a su avec brio mélanger langue française et dialecte italien et nous apprendre, à l’occasion, quelques mots sans que cela soit lourd ou rédibitoire à la lecture. Bravo et merci d’avoir conservé cette souplesse des mots, cette simplicité du langage, ce vocabulaire à la fois riche et accessible. Mes yeux étaient émerveillés de tant de poésie simple, comme la beauté du commun et de la nature.

Je vous conseille d'ailleurs d'aller faire un tour sur le blog d'Anita Rochedy : elle nous partage ses expériences de traductrice et c'est vraiment passionnant d'avoir son point de vue. 

La montagne… Ou plutôt LES montagnes. Celle de la vallée, où dansent les cours d’eau et où fleurissent quelques maisons ; puis celle des pâturages, des prés et des sapins, où dansent les bêtes entre les alpages ; puis enfin, celle des sommets, où survivent les neiges éternelles…

« Peut-être ma mère avait-elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. La sienne était la forêt des mille cinq cents mètres, celle des sapins et des mélèzes, à l’ombre desquels poussent les buissons de myrtilles, les genévriers et les rhododendrons, et se cachent les chevreuils.

Moi j’étais plus attiré par la montagne qui venait après : prairie alpine, torrents, tourbières, herbes de haute altitude, bêtes en pâture.

Plus haut encore la végétation disparaît, la neige couvre tout jusqu’à l’été et la couleur dominante reste le gris de la roche, veiné de quartz et tissé du jaune des lichens. C’est là que commençait le monde de mon père. »

Mon cœur s’est serré de nostalgie à bien des passages tant je connais ces montagnes. Je suis une enfant de l’été en montagne. Je ne me rendais pas compte à quel point elles me manquaient. Cet ouvrage m’a donné furieusement envie de reprendre mon vieux bâton de marche en cèdre à tête de chouette (caché depuis quelques années sous la banquette arrière de ma voiture de ville) et de partir sur les chemins rocailleux, fuir la ville et embrasser les hauteurs.

Les relations humaines : la famille et l’amitié au cœur du récit

Alors oui, l’atout principal de ce roman réside bien dans son génie montagnard, mais cela ne saurait être suffisant. S’ajoute à ce motif magnifique une très belle fresque humaine. De l’enfance des protagonistes au début de leur grande vie d’adulte quarantenaire, ce roman nous offre également de très belle réflexion sur l’amour filial, l’amitié et la capacité de l’homme à supporter la solitude.

Servies par une langue sublime et poétique, ces thématiques font mouche et nous offrent un roman équilibré et puissant.

« quand (mon père) me racontait cette anecdote, j’étais déjà celui que je serais devenu plus tard, le présage d’un fils adulte, un fantôme du futur ».

Le passage du temps, l’apprentissage, la vie

Et PAF ça vous tombe dessus sans crier « gare ! » : à travers la nature et la famille, c’est un dernier thème qui se met en place : celui du temps qui passe.

« Tu verras à Grana, il n’y a pas grand-chose qui a changé.

J’hésitais à la croire, parce que j’avais changé depuis le temps. Un lieu que l’on a aimé enfant peut paraître complètement différent à des yeux d’adulte et se révéler une déception, à moins qu’il ne nous rappelle celui que l’on n’est plus, et nous colle une profonde tristesse. »

J’ai trouvé ce passage si juste et si vrai qu’il m’a profondément émue. Je garderai toujours en mémoire les larmes de détresse de mon père face aux gorges de Todra, un endroit reclus au fond du Maroc, lieu emblématique de son enfance, auxquelles nous avions rendu visite plusieurs décennies après son départ et qui avaient malheureusement été transformées en lieu touristique attrape-nigaud.

Et c’est là qu’apparaît la plus belle phrase de ce roman déjà merveilleux : « les seuls vrais refuges sont les souvenirs ».

Chacun des personnages de ce roman, à travers les yeux du narrateur, évolue, apprend, part, revient… disparaît. Le temps passe, quoiqu’il arrive et les neiges sont toujours éternelles.

 

Vous l’avez compris, Les Huit Montagnes, de Pablo Cognetti prend la place numéro 1 de mes lectures de la rentrée. Il m’en reste encore beaucoup à faire mais ce roman-là, sans être un ouvrage à la complexité folle, a su trouver mon cœur et me faire vivre de merveilleuses émotions.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Au plaisir de vous lire…

Commentaires   

Accalia
# Accalia 04-09-2017 05:34
Tu parles très bien de ce roman, tu m'as donné envie de le lire en tout cas! Je vais voir si ma médiathèque souhaite l'acheter. Je suis plutôt une fille de Bretagne et océan que de montagne que je connais très mal mais tu me donnes envie d'en savoir plus!
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Pikobooks
# Pikobooks 04-09-2017 11:19
oh ! La Bretagne !!
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Mistinguette
# Mistinguette 23-08-2017 09:51
Stock mise beaucoup sur ce titre mais j'hésitais encore avant de me lancer... Ton avis me pousse à le découvrir :)
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Pikobooks
# Pikobooks 25-08-2017 07:51
Honnêtement, je comprends qu'ils misent beaucoup dessus, car il est vraiment excellent et a un super potentiel pour le grand public. Il est à la fois accessible et érudit. Il est vraiment magnifique. J'adore. Si tu as la possibilité de le lire, n'hésite pas. Je pense qu'il sera en médiathèque assez rapidement, si tu veux attendre un peu ;)
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Niognot
# Niognot 23-08-2017 08:03
Alors là tu me donnes tellement envie. Rien que les trois sujets que tu abordes sont sans doute mes favoris. Je me rends compte que ça fait un moment que je n'ai pas lu de nature writing alors que je pense que ça me ferait du bien actuellement.
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Pikobooks
# Pikobooks 25-08-2017 07:52
Je crois aussi ;) Avec ton amour des voyages, je crois que tu te retrouveras beaucoup dans le personnage principal (et sa mère...
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CPMonstre
# CPMonstre 23-08-2017 06:59
Wow ! Mais... mais je note !! J'suis un peu comme toi, Stock ça fait un paquet d'année qu'ils ne m'ont pas fait véritablement vibrer. D'ailleurs, je vais peu voir leurs parutions, étant souvent déçue. Pt'être ben que ce livre va me réconcilier ! Merci pour ton avis !
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Pikobooks
# Pikobooks 25-08-2017 07:54
hihi ! Je te remercie ^^Effectivement, je suis un peu plus curieuse et je pense que je testerai de nouveau leur collection "cosmopolite" (exclusivement littérature étrangère) en attendant de mettre les pieds dans le grand bassin de la littérature contemporaine française. Là, va falloir attendre encore avant qu'on m'y reprenne ^^.
Bonnes lectures !
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