Flora Banks - Emily Barr - Casterman

Ce roman m’a totalement séduite, et ce malgré quelques faiblesses. S’il est fragile sur certains aspects, la qualité de la narration et le jeu avec le lecteur sont deux éléments qui en font un petit coup de coeur young adult.

Du contemporain young adult, j’en lis vraiment très peu. Souvent effrayée par l’écriture trop fragile, trop peu travaillée, je m’en éloigne vite. Si Babelio ne m’avait pas proposé ce roman en partenariat, je serais très certainement passée à côté. Et je l’aurai amèrement regretté, car j’ai été totalement séduite par ce roman.

Merci donc grandement à l’équipe de Babelio (particulièrement à Marie-Delphine) ainsi qu’aux éditions Casterman pour leur confiance car grâce à eux, j’ai fait une superbe lecture et ai passé un beau moment.

Parlons ensemble de Flora Banks, à paraître chez Casterman le 1er mars 2017, écrit par Emily Barr et traduit par Julie Sibony.

Je ne dirai rien de l’intrigue. Il faut absolument que vous soyez naïfs pour apprécier cette lecture, croyez-moi, cela vaut le coup. Je vais toutefois vous expliquer pourquoi j’ai beaucoup aimé ce roman, alors qu’il appartient à un genre qui ne me séduit que très rarement.

Ce qu’en dit l’éditeur

DIX
L’âge que j’avais quand mon cerveau s’est détraqué.

HUIT
Années de validité de mon passeport.

SIX
Le nombre de personnes qui me cherchent au Spitzberg, dans l’Arctique.

QUATRE
L’âge auquel j’ai rencontré ma meilleure amie.
Je ne dois plus jamais l’appeler, ni lui envoyer de SMS.

DEUX
Deux cailloux noirs. L’un m’appartient, l’autre est à Drake.
Je le rejoindrai, où qu’il soit.

UN
Un souvenir. C’est tout ce qu’il me reste.

Premier élément de séduction : la grande qualité de l’écriture de récit

Que cela soit à travers la construction du récit (très habile avec ce prologue énigmatique mais aussi avec les différents formats d’écriture qui apparaissent ça et là au cours du récit) ou bien dans le choix d’une narration à la première personne du singulier, ce roman propose un véritable et grand travail d’écriture.

La narration est essentiellement composée de phrases répétées… De phrases répétées encore et encore, sans que cela ne procure le moindre sentiment de gêne ou de lassitude. L’amnésie antérograde dont souffre Flora est retranscrite de façon magistrale à travers l’écriture.Aucune répétition n’est lourde car elle participe à l’effort du personnage pour retrouver le cours des choses. J’en suis encore baba tant j’ai adhéré immédiatement au concept sans jamais m’ennuyer.

Ce roman est une lecture young adult et cela se ressent énormément (notamment dans la psychologie assez peu développée des personnages secondaires) mais le traitement du sujet (c’est-à-dire la relation écriture/thème) est délicat et approfondi d’une manière très intelligente.

Deuxième élément de séduction : le jeu avec le lecteur

J’ai particulièrement apprécié de remettre en question, tout au long de la lecture, ma position du lecteur qui sait (qui, lui, se souvient) face au personnage qui cherche… Ce petit jeu narratif est extrêmement bien mené, car il est malicieux.

Dans un premier temps, ma position de lecteur qui sait m’a permis de m’attacher immédiatement à Flora. Combien de fois ai-je eu envie de lui souffler des conseils et indices à l’oreille ? Mais plus le récit avançait plus je me sentais moi-même perdue. Chapeau bas. L’auteur nous perd autant que son personnage, car je me suis surprise à oublier certains éléments ou bien à être surprise par des éléments inattendus. Et je ne me sentais que plus proche encore de Flora. Je n’entretiens que très rarement une telle relation avec un personnage et franchement j’en suis encore étonnée. Je ne m’attendais pas à m’attacher aussi fortement et aussi vite à une jeune fille de young adult.

Petit bémol : les dialogues trop fragiles

Les dialogues de ce roman ne m’ont clairement pas plu. A mon sens, ils détruisent le charme instauré par la narration. Vous le savez peut-être, je suis intransigeante avec les dialogues. Autant les différentes lettres écrites par les personnages secondaires gravitant autour de Flora m’ont paru cohérentes, autant les dialogues (surtout ceux impliquant Paige) m’ont plusieurs fois fait tiquer… une gêne difficilement explicable mais bien réelle.

Pas de quoi fouetter un chat, bien entendu, mais tout de même révélateur d’une certaine maladresse d’écriture spécifique à ce point. J’aurais aimé que le même soin appliqué au récit le soit également pour les dialogues. Car un mauvais dialogue, pour moi, c’est un personnage qui s’effondre et qui perd une bonne partie de sa crédibilité narrative. Voilà pour le petit passage chipotage qui explique cela dit pourquoi je n’ai rien, mais alors rien ressenti concernant les personnages secondaires.

En bref : un bon roman de young adult qui repose sur une narration malicieuse

Voilà ce qui m’a vraiment séduite : le jeu d’écriture si délicat. Je suis encore en train de sourire rien qu’en y pensant. Ce roman n’est pas parfait, il possède bien entendu des défauts, mais il m’a offert un superbe moment de lecture et m’a proposé quelque chose de nouveau, que je n’avais pas encore vu, alors même que la thématique de la mémoire avait déjà été abordée par d’autres romans.

Je vous recommande donc avec plaisir cette lecture, tout en vous rappelant qu’il s’agit de young adult contemporain, avec ses défauts et ses qualités.


Et vous, qu’en pensez-vous ?
Au plaisir de vous lire,
Pikobooks.

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