Je suis ton Soleil - Marie Pavlenko - Flammarion Jeunesse

Après mon énorme déception avec la fin de la saga Autre-Monde, de Maxime Chattam, j'avais besoin de me reconcilier avec la littérature adolescente. Marie Pavlenko m'a fait sourire, rire, pleurer (oui) et m'a enchantée. Parlons ensemble de son roman "Je suis ton soleil", qui m'a tant plu !

soleil pavlenko miniature

Ce qu’en dit Flammarion Jeunesse

Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s'acharne à les dévorer. Mais ce n'est pas le pire, non.

Le pire, est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d'une inconnue aux longs cheveux bouclés ?

Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l'aide, des amis, du courage et beaucoup d'humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

Une authenticité très bienvenue…

Enfin ! Enfin, des adolescent.e.s de 18 ans qui ne passent pas leur samedi soir en soirée pyjamas + tisane + chocolat chaud marshmallow. Une bande de lycéen.ne.s en fin de terminale, qui picolent (un peu), qui dansent, qui hurlent, qui font des nuits blanches, qui couchent.

Bonjour, vous êtes la bonne figure et la saintenitoucherie ? Oui, oui, la porte c’est par là !

Vous voilà prévenu.e.s : ici, on écrit avec authenticité.

Les adolescent.e.s décrit.e.s par Marie Pavlenko m’ont tous beaucoup touchée. Chaque personnage m’a paru tellement réel, qu’il sonnait comme un souvenir. Ce qui a fini de me ravir, c’est l’intensité des émotions exposées par l’autrice. A 18 ans, qu’il est dur de prendre du recul, qu’il est dur de s’ouvrir, d’aller vers l’autre comme de l’accepter. Et ici, les personnages de Marie Pavlenko provoquent et domptent des orages d’émotions, qu’elles soient exprimées ou simplement refoulées. Intensité et authenticité : deux mots magiques pour décrire la jeunesse explosive de fin de lycée.

… pour peindre des adolescent.e.s avec « de vrais problèmes d’adultes »

Les jeunes adultes de ce roman vont être confronté.e.s à des situations compliquées, concrêtes, dont elleux-seul.e.s pourront se sortir. Une excuse toute trouvée pour aborder des sujets de société : avortement, homosexualité, dépression, suicide, divorce : autant de sujets sérieux traités avec justesse et intelligence.

Dessine-moi un clébard !

Les interactions entre Déborah et Isidore, le labrador un peu cabot, pas franchement frais, sont gérées avec beaucoup de soin. Deborah apprend à s’ouvrir aux autres, à se projeter aussi et l’attitude d’Isidore (à savoir, de plus en plus collant et aimant) agit comme un marqueur physique : il symbolise à lui tout seul la paix que Déborah finit par trouver.

Être présente aux autres sans s’oublier

C’est, je crois, l’aspect le plus important de ce roman : chacun des personnages possède son jardin secret, que les autres apprennent à respecter, sans pour autant en prendre ombrage. La totale transparence n’est pas une règle et la constance, pas une dictature. J’ai beaucoup apprécié la manière dont l’autrice illustre, à sa manière et peut-être même sans réellement s’en rendre compte, la sinusoïde variable de nos humeurs et comment parfois, il peut être difficile pour l’entourage de s’adapter.

Des émotions à fleur de peau…

Déborah, c’est un tourbillon de non-dits, d’angoisse, de sensibilité. C’est une jeune femme prise au piège de sa vie de famille qui va apprendre à vivre aussi pour les autres, à exister aussi pour celleux qui la côtoient. Elle va apprendre à accepter, à pardonner, à vivre pleinement.

Son apprentissage est certes brutal, mais il saura parler à la majorité des lecteurices.

… désamorçées par un humour ravageur

J’ai ri ! Et croyez-moi, il en faut beaucoup pour me faire rire sans me gêner, particulièrement en littérature adolescente, où les raccourcis sont si souvent pris et les clichés trop souvent appelés en renfort. Mais dans son roman, Marie Pavlenko flirte délicieusement avec l’insolence, et la recette fonctionne ! Cet humour ravageur vient contrebalancer avec brio les émotions extrêmes que le scénario provoque.

Bémols : « faire bidonville » et le rapport à l'argent

Bon. Disons-le franchement : j’ai ressentie une immense gêne face à cette expression extrêmement maladroite. On ne joue pas à faire les pauvres. Non. A la limite, si le fait de positionner des matelas par terre tous dans une même pièce afin de créer un moment convivial et fort humainement doit avoir une expression attitrée, que cela ne soit pas celle qui grime les millions d’individus qui souffrent dans le plus grand des dénis et ce chaque nuit. Je ne doute pas de l’innocente maladresse de l’autrice, mais que tous les autres maillons de la chaîne éditoriale aient laissé passer n’est pas excusable.

De manière plus globale, le rapport de Déborah à l’argent m’a d’ailleurs un peu embêtée et l’ambiance un peu trop bobo-parisienne du roman m’a fait grincer des dents à plusieurs reprises (la solution des petits boulots n’a été effleuré qu’avec dérision et c’est bien dommage, tant c’est une réalité tangible pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, et pas seulement pour s’offrir deux paires de chaussures ou des billets d’avion entre potes).

En bref : une littérature adolescente riche et maligne

Je suis ton soleil, c’est un roman malin, une bombe d’émotions pimentées d’une sacrée richesse de réflexions. Je vous le recommande grandement, notamment pour des adolescent.e.s à fleur de peau qui voudraient pleurer un grand coup (ah ! catharsis, divine catharsis !)

Commentaires   

Cile Estendra
# Cile Estendra 23-11-2018 14:22
J'en avais entendu parler mais ça ne m'avait jamais donné envie, jusqu'à ta chronique... Du coup je vais voir s'il n'est pas à la bibliothèque, parce que ce que tu en dis me tente bien !
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Pikobooks
# Pikobooks 23-11-2018 17:24
:lol: Ah ! J'espère que cet ouvrage sera dispo dans ta bibliothèque alors. il est vraiment sympathique, et pour le coup se lit très rapidement ;)
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